Je suis entré à la Madeleine, où l'on prêchait. Le prédicateur, usant d'une figure de rhétorique, a répété dix ou douze fois, en pariant du juste: Il va en paix!....il va en paix! «Va en paix» a été ce qu'il y a eu de plus remarquable dans son discours. Je me suis demandé quel fruit pouvait résulter des lieux communs répétés à froid par cet imbécile. Je suis obligé de reconnaître aujourd'hui que cela va avec le reste, fait partie de la discipline comme le costume, les pratiques, etc ... Vive le frein!

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Vendredi 30 mars.—Vu le soir chez Chopin l'enchanteresse Mme Potocka. Je l'avais entendue deux fois; je n'ai guère rencontré quelque chose de plus complet... Vu Mme Kalerji... Elle a joué, mais peu sympathiquement; en revanche, elle est vraiment fort belle, quand elle lève les yeux en jouant à la manière des Madeleines du Guide ou de Rubens.

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Samedi 31 mars.—Le soir, vu Athalie, avec Mme de Forget dans la loge du président.

Rachel ne m'a pas fait plaisir dans toutes les parties. Mais comme j'ai admiré ce grand prêtre! Quelle création! Comme elle semblerait outrée dans un temps comme le nôtre! et comme elle était à sa place avec cette société ordonnée et convaincue qui a vu Racine et qui l'a fait ce qu'il était! Ce farouche enthousiaste, ce fanatique verbeux n'est guère de notre temps; on égorge et on renverse à froid et sans conviction. Mathan, dans sa scène avec son confident, dit trop naïvement: «Je suis un coquin, je suis un être abominable.» Racine sort ici de la vérité, mais il est sublime quand Mathan, sortant tout troublé pour se soustraire aux imprécations du grand prêtre, ne sait plus où il va, et se dirige, sans savoir ce qu'il fait, du côté de ce sanctuaire qu'il a profané et dont l'existence l'importune.


[404] Laurent-Joseph Pelletier, paysagiste, né en 1810. Son œuvre est considérable et dénote un incontestable talent. Il a beaucoup travaillé dans la forêt de Fontainebleau.

[405] Chenavard devait être par la suite un des plus intimes amis de Delacroix, un de ceux avec lesquels il «aimait à s'expatrier en de longues causeries». Si sévèrement qu'il ait pu le juger comme producteur, et l'on conçoit que les théories abstruses du peintre-philosophe aient été souvent en opposition avec les idées de Delacroix, il est une chose qu'il lui a toujours reconnue, c'est l'érudition profonde, l'amour des idées, par quoi il se différenciait si nettement de la plupart des peintres.

[406] Nous nous sommes expliqué dans notre étude sur l'opinion de Delacroix à l'égard de Paul Delaroche.