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Jeudi 24 novembre.—Promenade le soir dans la galerie Vivienne, où j'ai vu des photographies chez un libraire. Ce qui m'a attiré, c'est l'Élévation en croix[219] de Rubens, qui m'a beaucoup intéressé: les incorrections, n'étant plus sauvées par le faire et la couleur, paraissent davantage.
La vue ou plutôt le souvenir de mon émotion devant ce chef-d'œuvre m'ont occupé tout le reste de la soirée, d'une manière charmante. Je pense, par forme de contraste, à ces dessins du Carrache, que je voyais avant-hier: j'ai vu des dessins de Rubens pour ce tableau; certes ils ne sont pas consciencieux, et il s'y montre lui-même plus que le modèle qu'il avait sous les yeux; mais telle est l'impulsion de cette force secrète, qui est celle des hommes à la Rubens; le sentiment particulier domine tout et s'impose au spectateur. Ses formes, au premier coup d'œil, sont aussi banales que celles du Carrache, mais elles sont tout autrement significatives... Carrache grand esprit, grand talent, grande habileté, je parle au moins de ce que j'ai vu, mais rien de ce qui transporte et donne des émotions ineffaçables!
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Vendredi 25 novembre.—Visite du ministre Fortoul et du préfet, à l'Hôtel de ville.
Le soir, ce terrible Dumas, qui ne lâche pas sa proie est venu me relancer à minuit, son cahier de papier blanc à la main... Dieu sait ce qu'il va faire des détails[220] que je lui ai donnés sottement! Je l'aime beaucoup, mais je ne suis pas formé des mêmes éléments, et nous ne recherchons pas le même but. Son public n'est pas le mien; il y en a un de nous qui est nécessairement un grand fou.
Il me laisse les premiers numéros de son journal, qui est charmant.
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Samedi 26 novembre.—J'ai le torticolis; le temps est sombre; je me promène dans mon atelier ou je dors.
Fait quelques croquis d'après la suite flamande des Métamorphoses.