10 avril.—Dîné chez Mme de Forget avec Mme de Querelles; bien qu'elle abonde volontiers dans le sens des conversations religieuses, je la trouve avec plaisir; nous avons beaucoup parlé des tables. Les prêtres y voient l'influence des mauvais esprits.

11 avril.—J'ai fait mes paquets toute la matinée et ai été à deux heures chez Boissard. Divin quatuor de Mozart.

Chenavard nous parlait de Rossini: on le traitait déjà de perrucone, en 1828. Il crève de jalousie pour les succès des moindres musiciens. Le philosophe nous citait le mot de Boileau, déjà très vieux, à Louis Racine: il lui disait qu'il n'avait jamais entendu faire l'éloge du moindre savetier sans se sentir mordu au cœur. Il disait qu'il fallait de l'émulation.

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Champrosay, 12 avril.—Parti pour Champrosay. La pluie a commencé juste au moment où nous quittions Paris pour aller à Champrosay. La sécheresse vraiment extraordinaire qui dure depuis six semaines affecte les campagnards.

Ce soir, promenade avec Jenny vers Draveil par la plus belle lune du monde. Le temps est entièrement remis.

J'ai emporté avec moi la fin de l'article de Silvestre[284], qui me concerne. J'en suis très satisfait. Pauvres artistes! ils périssent si on ne s'occupe pas d'eux. Il me met dans la catégorie de ceux qui ont préféré l'opinion de la postérité à celle de leur époque.

Avant dîner, nous avions été avec Jenny voir la fontaine. Ba vet a fait ébrancher ces beaux saules et ces beaux peupliers que j'admirais tant l'année dernière et qui étaient la grâce de toute cette plaine.

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