Une chose dont on ne s'est pas douté, à l'apparition de Rossini, et pour laquelle on a oublié de le critiquer, parmi tant de critiques, c'est à quel point il est romantique. Il rompt avec les formules anciennes illustrées jusqu'à lui par les plus grands exemples. On ne trouve que chez lui ces introductions pathétiques, ces passages souvent très rapides, mais qui résument, pour l'âme, toute une situation, et en dehors de toutes les conventions. C'est même une partie, et la seule, dans son talent, qui soit à l'abri de l'imitation. Ce n'est pas un coloriste à la Rubens. J'entends toujours parler de ces passages mystérieux. Il est plus cru ou plus banal dans le reste, et, sous ce rapport, il ressemble au Flamand; mais partout la grâce italienne, et même l'abus de cette grâce.

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Dimanche 3 avril.—Retourné aux Italiens: le Barbier. Tous ces motifs charmants, ceux de la Sémiramis et du Barbier sont continuellement avec moi.

Je travaille à finir mes tableaux pour le Salon, et tous ces petits tableaux qu'on me demande. Jamais n'y a eu autant d'empressement. Il semble que mes peintures sont une nouveauté découverte récemment[118].

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Lundi 4 avril.—Vu le soir Mme de Rubempré dans sa nouvelle maison. J'ai été enchanté de l'habitation: il y aura de quoi s'y plaire. J'en suis heureux pour cette bonne amie. Elle raffole des curiosités, des ameublements, et elle se trouve servie à souhait. Elle me faisait, ou plutôt nous faisions ensemble, cette réflexion: que tout le bonheur vient tard. C'est comme ma petite vogue auprès des amateurs; ils vont m'enrichir après m'avoir méprisé.

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Vendredi 8 avril.—Sorti d'assez bonne heure pour aller voir les artistes qui m'avaient prié de les visiter. Que de tristes plaies, que d'incurables maladies de cerveau! Je n'ai eu qu'une compensation, mais elle a été complète: j'ai vu un véritable chef-d'œuvre: c'est le portrait que Rodakowski[119] vient de rapporter d'après sa mère. Cet ouvrage confirme le précédent qui m'avait tant frappé à l'Exposition.