Rentré très fatigué, et, après un sommeil presque léthargique et insurmontable, reposé tout à fait, et dîné avec Mme de Forget. Nous avons été voir les Cerfbeer aussitôt après, et promené un peu sur les boulevards.
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Mardi 12 avril.—Dîné chez Riesener avec Gautier[120], qui a été aimable; il me boudait depuis quelque temps.
J'ai été voir en revenant le dernier acte de Sémiramis.
Dans la journée, Mme Villot, Mme Barbier et Mme Herbelin sont venues voir mes tableaux. Cette dernière s'est affolée des Pèlerins d'Emmaüs[121], et veut l'avoir au prix que j'avais demandé.
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Mercredi 13 avril.—Il faut toujours gâter un peu un tableau pour le finir. Les dernières touches destinées à mettre de l'accord entre les parties ôtent de la fraîcheur. Il faut paraître devant le public en retranchant toutes les heureuses négligences qui sont la passion de l'artiste. Je compare ces retouches assassines à ces ritournelles banales qui terminent tous les airs et à ces espaces insignifiants que le musicien est forcé de placer entre les parties intéressantes de son ouvrage, pour conduire d'un motif à l'autre ou les faire valoir. Les retouches pourtant ne sont pas aussi funestes au tableau qu'on pourrait croire, quand le tableau est bien pensé et a été fait avec un sentiment profond. Le temps redonne à l'ouvrage, en effaçant les touches, aussi bien les premières que les dernières, son ensemble définitif.
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Jeudi 14 avril.—Dîné chez M. Fould[122]. Le Moniteur[123] a envie d'avoir de ma prose: cela tombe mal au milieu de mes occupations.
Été chez R... finir la soirée pour entendre la répétition et le choix que Delsarte fait des morceaux de son concert. Cette éternelle musique primitive, sans interruption, est bien monotone; un air de Cherubini risqué au milieu de tout cela m'a paru un foudre d'invention.