Paris, 27 mai.—Bouchereau est venu justement me réveiller au milieu de la journée; j'ai été heureux de le revoir. Il dîne avec moi jeudi.
*
29 mai.—Dîné chez moi avec Bouchereau.
*
30 mai.—«.....Quant à la beauté de la figure, aucune femme ne l'a jamais égalée... Cependant ses traits n'étaient pas jetés dans ce moule régulier qu'on nous a faussement enseigné à révérer dans les ouvrages classiques du paganisme: «Il n'y a pas de beauté exquise, dit lord Verulam, parlant avec justesse de tous les genres de beauté, sans une certaine étrangeté dans les proportions.» (Edgar Poë.)
J'ai été dans la journée inviter F. Leroy à venir dîner lundi avec Bouchereau: j'ai eu grand plaisir à le revoir.
En rentrant, continué ma lecture d'Edgar Poë; cette lecture réveille en moi ce sens du mystérieux qui me préoccupait davantage autrefois dans ma peinture, et qui a été, je crois, détourné par mes travaux surplace, sujets allégoriques, etc., etc. Baudelaire dit dans sa préface que je rappelle en peinture ce sentiment d'idéal si singulier et se plaisant dans le terrible[211]. Il a raison; mais l'espèce de décousu et l'incompréhensible qui se mêle à ses conceptions ne va pas à mon esprit. Sa métaphysique et ses recherches sur l'âme, la vie future, sont des plus singulières et donnent beaucoup à penser. Son Van Kirck parlant de l'âme, pendant le sommeil magnétique, est un morceau bizarre et profond qui fait rêver. Il y a de la monotonie dans la fable de toutes ses histoires; ce n'est, à vrai dire, que cette lueur fantasmagorique dont il éclaire ces figures confuses, mais effrayantes, qui fait le charme de ce singulier et très original poète et philosophe.
[203] Joseph Autran (1813-1877), poète, qui succéda à Ponsard à l'Académie française.
[204] Delacroix écrivait, un an plus tard: «Quelque retiré qu'on vive à Paris, il est impossible de se soustraire à cette inquiétude perpétuelle dans laquelle on vit, et qui agit indubitablement sur les ouvrages de l'esprit.» (Corresp., t. II, p. 108.)