Nancy, samedi 8 août.—Quitté Strasbourg et le bon cousin. Je perds la canne qu'il m'avait donnée.
Je m'embarque mal. Société déplaisante dans le chemin de fer. Cependant la route se fait vite.
Arrivé à Nancy à trois heures. Retrouvé Jenny, comme nous en étions convenus. Je n'ai pas bougé de la soirée.
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Dimanche 9 août.—Sorti avant déjeuner. Place Stanislas et cathédrale.
J'admire l'unité de style de tout ce qui est bâtiment. Une seule chose y déroge, c'est la statue même de ce bon roi Stanislas, qui a tout fait ici, et qui par conséquent est l'auteur de cette unité. On l'a représenté dans un costume qui rappelle les troubadours de l'Empire, avec des bottes molles et appuyé sur un sabre à la mameluk. On ne peut rien voir de plus ridicule.
La cathédrale entièrement de son temps. J'aime beaucoup cette forme de clocher en poivrière. L'intérieur est un peu froid, malgré cet accord de style dans toutes les parties: c'est comme tout ce qui sort de Vanloo: ordonné, habile, de l'unité, mais froid et sans intérêt. L'auteur ne met point de cœur à ce qu'il fait; il ne va pas au cœur de celui qui regarde.
La place Stanislas avec ses fontaines, et l'Hôtel de ville, semblent l'ouvrage d'un artiste plus doué.
Après déjeuner, visité cent choses curieuses. Après la statue de Drouot, un des héros de Nancy, véritable héros dans tous les sens, mais pitoyablement représenté comme tous les héros de notre temps, grâce a l'indigence de la sculpture, vu les murailles anciennes de la ville; très belle et ancienne porte avec deux grosses tours: le passage tournant comme dans les fortifications modernes. Le côté de la ville style de la Renaissance: quelle grâce, quelle légèreté! Comme toutes ces petites figures, comme ces accessoires s'arrangent bien dans les lignes de l'architecture! Rien n'est charmant et capricieux comme ces costumes romains à la Henri II.