Il semble donc qu'un homme impartial ne devrait écrire qu'en deux personnes pour ainsi dire: de même qu'il y a deux avocats pour une seule cause. Chacun de ces avocats voit tellement les moyens qui militent en faveur d'un adversaire, que souvent il va au-devant de ces moyens; et quand il rétorque les raisons qu'on lui objecte, c'est par des raisons tout aussi bonnes et qui au moins sont spécieuses. D'où il suit que le vrai dans toute question ne saurait être absolu; les Grecs, qui sont la perfection, ne sont pas aussi parfaits; les modernes, qui offrent plus de défaillances ou de fautes, ne sont pas aussi défectueux que l'on pense et compensent par des qualités particulières les fautes et les défaillances dont l'antique paraît exempt.

Je trouve, dans de vieilles notes d'il y a quatre ans[426], mon opinion sur le Titien. Ces jours-ci, sans me les rappeler, mais sous des impressions différentes, je viens d'en écrire d'autres.

D'où je conclus qu'il faudrait presque qu'un homme de bonne foi n'écrivît un ouvrage que comme on instruit une cause; c'est-à-dire, un thème étant posé, avoir comme un autre personnage en soi qui fasse le rôle d'un avocat adverse chargé de contredire.

—Sur l'instabilité des renommées des grands hommes.

—Du beau antique et du beau moderne.


[416] Jean Alaux (1786-1864), peintre, élève de Vincent, grand prix de Rome en 1815, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1851.

[417] Eugène Vieillard-Duverger (1800-1863), imprimeur délicat et érudit, était un camarade de jeunesse de Delacroix: il était fils de Louis Vieillard-Duverger, ancien régisseur de l'Opéra-Comique, et plus tard directeur d'une agence théâtrale fort estimée. Adolphe Nourrit avait épousé la sœur d'Eugène Duverger. Le médaillon du grand artiste, dont il est question ici, n'est que la reproduction du médaillon de profil qui orne la tombe d'Adolphe Nourrit au cimetière Montmartre.

[418] Pierre-Jean-Marie Flourens (1794-1867), physiologiste, élève de Cuvier, professeur au Collège de France, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, fut appelé en 1858 à faire partie du conseil municipal et du conseil général du département de la Seine.