24 mai.—Mme Villot m'invite à aller la voir le soir pour me rencontrer avec une personne mystérieuse, amie de Mme Sand. J'y vais malgré mon rhume et à travers un temps diluvien. Je trouve Mme Plessis[448], charmante personne qui me fait promettre d'écrire à Mme Sand. Elle est sur le point de m'embrasser dans la soirée quand je lui dis que je ne crois pas à cette petite personne appelée âme dont on nous gratifie.
Le bon général Parchappe veut m'avoir à dîner pour le lendemain. Je promets malgré le rhume.
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25 mai.—Dîné chez Mme Parchappe. Mme Franchetti qui s'y trouve vient d'arriver ce jour même pour s'installer chez Minoret. Elle est forcée d'accepter l'hospitalité de Mme Parchappe sous peine de coucher sur des matelas mouillés.
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26 mai.—Je songe, en ébauchant mon Christ descendu dans le tombeau[449], à une composition analogue qu'on voit partout du Barocci[450]; et je songe en même temps à ce que dit Boileau pour tous les arts: «Rien n'est beau que le vrai.» Rien n'est vrai dans cette maudite composition: gestes contournés, draperies volantes sans sujet, etc. Réminiscences des divers styles des maîtres. Les maîtres, mais je parle des plus grands et dont le style est très marqué, sont vrais à travers cela, sans quoi ils ne seraient pas beaux. Les gestes de Raphaël sont naïfs, malgré l'étrangeté de son style; mais ce qui est odieux, c'est l'imitation de cette étrangeté par des imbéciles, qui sont faux de gestes et d'intention par-dessus le marché.
Ingres, qui n'a jamais su composer un sujet comme la nature le présente, se croit semblable à Raphaël en singeant[451] certains gestes, certaines tournures qui lui sont habituelles, qui ont même chez lui une certaine grâce qui rappelle celle de Raphaël; mais on sent bien, chez ce dernier, que tout cela sort de lui et n'est pas cherché.
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28 mai.—Je vais le soir chez Mme Villot: j'y trouve Mme Franchetti, Parchappe, etc., une dame de Suberval et ses filles: l'une de ces dernières me promet la recette du pigeon Pise.
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