«Je n'entends parler qu'allemand; cela me rassure un peu sur la crainte d'être troublé dans mes promenades par la rencontre de connaissances importunes; mais où ne rencontre-t-on pas des importuns? Je lis, je dors beaucoup, je me promène un peu et je jouis infiniment du tête-à-tête de mon cousin, dont j'aime l'esprit et l'expérience, et qui a précisément les mêmes goûts que moi: cela va durer ainsi jusqu'à ce que j'aille joindre pour peu de jours seulement mon brave cousin de Champagne, qui se trouve sur ma route pour retourner à Paris.

«Tout cela me conduira jusqu'au 10 septembre environ, et Dieu veuille qu'alors j'aie repris assez de forces pour me remettre à mon travail, que je désirais pousser cet automne.

«Comment allez-vous? Comment gouvernez-vous votre imagination? Car c'est là le grand point: on est heureux quand on croit l'être, et si votre esprit, au contraire, est ailleurs, toutes les distractions du monde ne font rien pour la satisfaction. Je suis sûr que vous seriez rafraîchie par la vue de ces bonnes campagnes et de ces belles promenades qui commencent tout de suite hors des murs de cette ville. Point de bruit, peu de voitures et de toilette; en un mot, on est à cent ans en arrière; cela ferait fuir tout le monde et cela m'enchante.

«P. S.—Je lis avec délices un très vieux livre que je n'avais pas lu ou que je ne me rappelais plus: le Bachelier de Salamanque, de Lesage. Lisez ou relisez-le; vous verrez à quelle distance cela met tous nos hommes de génie.»

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25 août.—Préface de la dernière édition de Boileau.


[489] Dans son étude sur Raphaël, Delacroix avait déjà énoncé et développé cette idée qui lui semblait féconde en points de vue intéressants: «Beaucoup de critiques, dit-il, seront peut-être tentés de lui reprocher (à Raphaël) ce qui me semble, à moi, la marque la plus sûre du plus incomparable talent, je veux parler de l'adresse avec laquelle il sut imiter, et du parti prodigieux qu'il tira, non pas seulement des anciens ouvrages, mais de ceux de ses émules et de ses contemporain.»

[490] Inachevé dans le manuscrit.

[491] Dans cette même étude sur Raphaël, le maître ajoutait à propos des imitateurs: «Il y a plusieurs manières d'imiter: chez les uns, c'est une nécessité de leur nature indigente qui les précipite à la suite des beaux ouvrages. Ils croient y rallumer leur flamme sans chaleur, et appellent cela y puiser de l'inspiration... Chez les autres, l'imitation est comme une condition indispensable du succès. C'est elle qui s'exerce dans les écoles sous les yeux et sous la direction d'un même maître. Réussir, c'est approcher le plus possible de ce type unique. Imiter la nature est bien le prétexte, mais la palme appartient seulement à celui qui l'a vue des mêmes yeux et l'a rendue de la même manière que le maître. Ce n'est pas là l'imitation chez Raphaël. On peut dire que son originalité ne paraît jamais plus vive que dans les idées qu'il emprunte. Tout ce qu'il touche, il le relève, et le fait vivre d'une vie nouvelle. C'est bien lui qui semble alors reprendre ce qui lui appartient, et féconder des germes stériles qui n'attendaient que sa main pour donner leurs vrais fruits.» (Revue de Paris, t. II, 1830.)