9 septembre.—Les cousins sont arrivés dans la nuit.
Promenade le matin avec le cousin dans la plaine riante où sont ses pièces. J'y ai dessiné.
Je trouve dans Bayle: «Notez que les dogmes des philosophes païens étaient si mal liés et si mal combinés.....» (Thalès.)
12 octobre.—Les vraies beautés dans les arts sont éternelles, et elles seraient admises dans tous les temps; mais elles ont l'habit de leur siècle: il leur en reste quelque chose, et malheur surtout aux ouvrages qui paraissent dans les époques où le goût général est corrompu!
On nous peint la vérité toute nue: je ne le conçois que pour des vérités abstraites; mais toute vérité dans les arts se produit par des moyens dans lesquels la main de l'homme se fait sentir, par conséquent avec la forme convenue[492] et adoptée dans le temps où vit l'artiste.
Le langage de son temps donne une couleur particulière à l'ouvrage du poète; cela est si vrai qu'il est impossible de donner, dans une traduction faite beaucoup plus tard, une idée exacte d'un poème. Celui de Dante, malgré toutes les tentatives plus ou moins heureuses, ne sera jamais rendu dans sa beauté naïve par la langue de Racine et de Voltaire. Homère de même. Virgile, venu dans une époque plus raffinée, qui ressemblait à la nôtre, Horace même, malgré la concision de son langage, seront rendus plus heureusement en français; l'abbé Delille a traduit Virgile; Boileau eût traduit Horace; ce serait donc moins la difficulté résultant de la diversité des langues que de l'esprit différent des époques qui serait un obstacle à une vraie traduction. L'italien du Dante n'est pas l'italien de nos jours; des idées antiques vont à une langue antique. Nous appelons naïfs ces auteurs anciens: c'est leur époque qui l'était, par rapport à la nôtre seulement.
Les usages d'une époque diffèrent entièrement; la manière d'être expressif, d'être plaisant, de s'exprimer, en un mot, sont en harmonie avec la tournure des esprits. Nous ne voyons les Italiens du quatorzième siècle qu'à travers la Divine Comédie; ils vivaient comme nous, mais s'égayaient des choses plaisantes de leur temps.