Champrosay, 30 juin.—À neuf heures du matin, au Jury. Je revois Cockerell[73] et Taylor[74], vieilles connaissances aussi; je passe là jusqu'à midi environ à examiner les peintures des Anglais, que j'admire beaucoup; je suis véritablement émerveillé des moutons de Hunt[75].

Je déjeune comme un vrai bourgeois, sous une espèce de treille, dans un petit café dressé tout fraîchement, dans l'attente de ce public qui vient si peu à cette glaciale Exposition, dont tout l'effet est manqué, grâce à ces prix disproportionnés de cinq francs et même d'un franc, qui ne sont pas dans nos habitudes.

Contre mes habitudes, je déjeune très bien d'un morceau de jambon et d'une cruche de bière de Bavière. Je me sens tout heureux, tout libre, tout épanoui, dans ce vulgaire bouchon établi en plein vent et regardant passer les rares badauds qui se rendent à l'Exposition.

De là, je vais à pied, malgré la chaleur, mais avec plaisir, jusque chez moi, en passant par chez Moreau, à qui j'apprends ce que j'ai fait pour lui auprès de Morny.

Rentré vers deux heures, je fais mes paquets, et me hâte de repartir par le chemin de Lyon. Je suis arrivé à Champrosay toujours avec ravissement, et par-dessus le marché, avec un appétit excellent.


[49] Probablement Étienne Arago.

[50] Ce contraste d'expressions qui explique si exactement le contraste de talent des deux écrivains, Balzac et George Sand, avait été trouvé par Balzac lui-même, qui s'en était servi pour caractériser leur manière à chacun. (Voir à cet égard le livre de M. Ferry, Balzac et ses amies.)

[51] Hamlet devant le corps de Polonius, toile qui figure à l'année 1859 dans le Catalogue Robaut, n° 1387, mais qui fut évidemment commencée dès l'année 1855.

[52] Chaque fois que l'on touche à l'opinion de Delacroix sur l'école anglaise de peinture, il convient de se référer à la belle lettre qu'il écrivit à Théophile Silvestre en 1858, que nous avons déjà plusieurs fois citée. Et pourtant on y trouve ce passage qui paraît en contradiction avec ce qu'il note dans son Journal trois années auparavant: «Je ne me soucie plus de revoir Londres: je n'y retrouverais aucun de ces souvenirs-là (Wilkie, Lawrence, Fielding, Bonington), et surtout je ne m'y retrouverais plus le même pour jouir de ce qui s'y voit à présent. L'école même est changée. Peut-être m'y verrais-je forcé de rompre des lances pour Reynolds, pour ce ravissant Gainsborough que vous avez bien raison d'aimer.» Mais ce n'était là qu'une boutade momentanée, car la fin de la lettre prouve d'une façon évidente sa sympathie pour le mouvement préraphaélite. (Corresp., t. II, p. 190, 191.)