[63] Nous avons déjà touché dans notre annotation du deuxième volume à cette sévérité de jugement à l'égard de Th. Gautier, et nous nous sommes efforcé d'en préciser les raisons dissimulées. Il nous a paru intéressant de rapporter ici la lettre de remerciement écrite par Delacroix au critique, après la lecture de ses réflexions sur l'École française et sur notre artiste en particulier: «Mon cher Gautier, lui écrit-il le 22 septembre 1855, je lis en revenant à Paris votre article mille fois bon et bienveillant sur mon exposition. Je vous en remercie de cœur au delà de ce que je pense vous exprimer. Oui, vous devez éprouver de la satisfaction, en voyant que toutes ces folies, dont autrefois vous preniez le parti à peu près seul, paraissent aujourd'hui toutes naturelles... J'ai rencontré hier soir une femme que je n'avais pas vue depuis dix ans, et qui m'a assuré qu'en entendant lire une partie de votre article, elle avait cru que j'étais mort, pensant qu'on ne louait ainsi que les gens morts et enterrés.» (Corresp., t. II, p. 131.)
[64] Louis Janmot, dit Jan-Louis (1814-1892), peintre, élève de Victor Orsel et d'Ingres, s'adonna presque exclusivement à la peinture religieuse. La plupart de ses œuvres portent l'empreinte d'un mysticisme exalté, mais témoignent aussi trop souvent de l'insuffisance de l'artiste dans les moyens d'exécution.
[65] La célèbre tragédienne italienne, dont la réputation égala presque celle de Rachel, était alors dans tout l'éclat de son talent. Après avoir remporté en Italie les plus grands succès, elle était venue cette année même, 1855, à Paris, où elle fut accueillie avec enthousiasme.
[66] Sur Eugène Delacroix comme causeur, Baudelaire écrit: «Delacroix était, comme beaucoup d'autres ont pu l'observer, un homme de conversation; mais le plaisant est qu'il avait peur de la conversation comme d'une débauche, d'une dissipation où il risquerait de perdre ses forcée. Il commençait par vous dire, quand vous entriez chez lui: Nous ne causerons pas ce matin, ou que très peu, très peu. Et puis il bavardait pendant trois heures. Sa causerie était brillante, subtile, mais pleine de faits, de souvenirs et d'anecdotes: en somme, une parole nourrissante.»
[67] Mme de Lavalette s'était rendue célèbre par l'énergie et le dévouement dont elle avait fait preuve pour sauver son mari, le comte de Lavalette, condamné à mort par la cour d'assises de la Seine, pour s'être emparé de l'administration des Postes, au retour de l'île d'Elbe. Elle avait pénétré dans sa prison, après l'arrêt des assises, et s'était substituée à lui. Lorsqu'il apprit l'évasion du condamné, Louis XVIII ne put s'empêcher de dire: «De nous tous, Mme de Lavalette est la seule qui ait fait son devoir.»
[68] Louis Guillemardet.
[69] Félix Guillemardet, qui était mort en 1840.
[70] Mirrha, tragédie italienne d'Alfieri, où la Ristori remportait alors un éclatant succès à Paris.
[71] Justin Ouvrié (1806-1880), peintre et lithographe, élève d'Abel de Pujol et de Châtillon, auteur de nombreux tableaux, aquarelles et lithographies.
[72] Delacroix fait allusion à la série des compositions lithographiées qu'il exécuta sur le Faust en 1827 et qui eurent l'honneur de fixer l'attention du vieux Gœthe. «M. Delacroix, dit Gœthe, dans ses conversations avec Eckermann, est un grand talent, qui a dans Faust précisément trouvé son vrai aliment. Les Français lui reprochent trop de rudesse sauvage, mais ici elle est parfaitement à sa place.—De tels dessins, reprend Eckermann, contribuent énormément à une intelligence plus complète du poème.—C'est certain, dit Gœthe, car l'imagination plus parfaite d'un tel artiste nous force à nous représenter les situations comme il se les est représentées à lui-même. Et s'il me faut avouer que M. Delacroix a surpassé les tableaux que je m'étais faits des scènes écrites par moi-même, à plus forte raison les lecteurs trouveront-ils toutes ces compositions pleines de vie et allant bien au delà des images qu'ils se sont créées.» (Conversations de Gœthe.)