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20 janvier.—Chez Viardot[6]. Musique de Gluck chantée admirablement par sa femme.

Le philosophe Chenavard ne disait plus que la musique est le dernier des arts! Je lui disais que les paroles de ces opéras étaient admirables. Il faut des grandes divisions tranchées; ces vers arrangés sur ceux de Racine et par conséquent défigurés, font un effet bien plus puissant avec la musique.

Le lendemain dimanche, chez Tattet[7]. Membrée[8] a chanté des morceaux de sa composition; celui des Étudiants serait mauvais, même avec la plus belle musique. C'est un petit opéra sans récitatif, c'est-à-dire que le récit et le chant ne font qu'un; c'est fatigant pour l'esprit, qui n'est ni au récit ni à la musique, tout en courant à chaque instant après l'un et l'autre. Nouvelle preuve qu'il ne faut pas sortir des lois qui ont été trouvées au commencement sur tous les arts. Racontez ce qu'il vous plaira avec les récitatifs, mais avec le chant ne faites chanter que la passion, sur des paroles que mon esprit devine avant que vous les disiez.

Il ne faut point partager l'attention: les beaux vers sont à leur place dans la tragédie parlée; dans l'opéra, la musique seule doit m'occuper.

Chenavard convenait, sans que je l'en priasse, qu'il n'y a rien à comparer à l'émotion que donne la musique: elle exprime des nuances incomparables. Les dieux pour qui la nourriture terrestre est trop grossière, ne s'entretiennent certainement qu'en musique. Il faut, à l'honneur mérité de la musique, retourner le mot de Figaro: Ce qui ne peut pas être chanté, on le parle. Un Français devait dire ce que dit Beaumarchais.

—Dîné chez Thiers: Cousin, Mme de Rémusat que j'ai revue avec plaisir, etc.

Chez Tattet ensuite, où j'ai entendu Membrée.