Le soir, je vais voir l'exposition de l'école de dessin de Lequien fils. J'y trouve Wey[98] et ses fils; il me promet de me donner le dessin de Fedel, d'après moi, fait il y a une quarantaine d'années et si remarquable. Wey me dit que c'est la seule chose remarquable faite d'après moi.

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28 août.—Dîné chez l'aimable princesse de Wittgenstein; elle avait un certain comte d'Iri ou d'Uri et un Allemand assez contradicteur et ennuyeux.

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30 août.—Soulié m'avait écrit qu'il viendrait au courant de septembre ou fin d'août. Je lui ai demandé de venir dîner aujourd'hui. J'ai écrit à Villot qui s'est excusé, étant souffrant; à Riesener et à Schwiter. Le dîner a été gai, et j'en ai été heureux.

Le matin, travaillé beaucoup à l'église, inspiré par la musique et les chants d'église. Il y a eu un office extraordinaire à huit heures; cette musique me met dans un état d'exaltation favorable à la peinture.

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31 août.—Sorti vers trois heures pour voir des logements rues d'Amsterdam, Pigalle, etc.

Chez Schwiter[99], j'ai été frappé là, en voyant sa propre peinture et le portrait de West, de Lawrence, ainsi que des gravures d'après Reynolds, de l'influence fâcheuse de toute manière. Ces Anglais, et Lawrence tout le premier, ont copié aveuglement leur grand-père Reynolds, sans se rendre compte des entorses qu'il donnait à la vérité; ces licences, qui ont contribué à donner à sa peinture une sorte d'originalité, mais qui sont loin d'être justifiables, l'exagération pour l'effet et même les effets complètement faux qui en sont la conséquence, ont décidé du style de tous ses suivants, ce qui donne à toute cette école un air factice que ne rachètent pas certaines qualités. Ainsi la tête de West, qui est peinte dans la lumière la plus vive, est accompagnée d'accessoires tels que les vêtements, un rideau, etc., qui ne participent nullement à cette lumière; en un mot, elle est dépourvue de toute raison; il s'ensuit qu'elle est fausse et l'ensemble maniéré. Une tête de Van Dyck ou de Rubens, placée à côté de semblables résultats, les place tout de suite dans les rangs les plus secondaires. (Rapprocher ceci de ce que j'ai écrit quelques jours plus tard à Dieppe sur l'imitation naïve et l'influence des écoles.)[100].

La vraie supériorité, comme je l'ai dit quelque part dans ces petits souvenirs, n'admet aucune excentricité. Rubens est emporté par son génie et se livre à des exagérations qui sont dans le sens de son idée et fondées toujours sur la nature.