J'arrive à Montmoreau; je suis conduit droit au chemin de fer, où je m'encage vers onze heures et demie.

À Angoulême, rencontre de Mme Duriez[106], de sa fille, de son gendre et de son petit-fils. Je les aide à monter en voiture; cette rencontre qui était dans les décrets du destin, puisque je m'étais flatté d'aller les voir à Hurtebize, a rajeuni de bons sentiments et de bons souvenirs; mais j'étais déjà fatigué de tous mes mouvements des jours passés; le repos, pendant cette route, m'eût été nécessaire; j'aurais traversé avec plus de plaisir, avec le recueillement nécessaire, ces pays aimés pleins de tristesse et de doux souvenirs; au lieu de cela, chaleur étouffante, conversation soutenue jusqu'au soir, mille sujets d'une fatigue qui a duré et s'est prolongée à Strasbourg.

Dîner incroyable à Orléans; véritable pillage dans la salle où tous ces voyageurs pressés s'arrachaient les morceaux et se tiraient les chaises et les plats.

J'arrive à Paris à près de dix heures.

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18 septembre.—Je m'étais flatté que je pourrais repartir le matin pour Strasbourg. Ma fatigue est extrême; je reste au lit ou sur mon lit. Je ne sors que pour dîner à la taverne flamande de la rue de Provence. Je rentre fermer mes malles et je pars à huit heures du soir. Je ne puis dormir pendant cette route. Bon ménage, orné d'un enfant à la mamelle tenu par une Alsacienne en costume et d'un enfant de huit à dix ans qui m'a donné des coups de pied pendant toute la route.

Au jour, et avant d'arriver, je suis frappé des montagnes boisées avant Saverne et de la terre rouge qui abonde en ce pays.

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Strasbourg, 19 septembre.—J'arrive vers huit heures; je vais à pied chez les bons cousins[107]. J'accompagne le long des canaux et de la rivière l'homme qui traîne mon bagage; je trouve les bons cousins en train de déjeuner. Joie de me voir et moi heureux de les embrasser; je me sens de la fatigue; je dors sur le canapé du salon; le dîner, qui vient ensuite et de trop bonne heure, continue le trouble des jours précédents.