Après dîner, le cousin me mène au casino, où il m'inscrit; je n'ai pas abusé beaucoup de la faveur qui m'était faite; il me fait assister là à une réunion des membres du bureau de la Société rhénane des amis des arts; séance peu récréative qui heureusement ne dure pas longtemps.
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20 septembre.—Au déjeuner que je fais avec les cousins et encore trop tôt, arrive Schiller le graveur[108] qui m'a connu chez Guérin, quand je commençais à n'y plus aller; il a su mon arrivée par un des membres d'hier et se met à ma disposition. Nous allons voir chez M. Simonis le superbe Corrège: Vénus désarmant l'Amour; je ne l'estime pas d'abord tout ce qu'il vaut.
Je regrette bien vivement de n'écrire ceci que trois semaines après l'impression que j'en ai reçue: la science, la grâce, le balancement des lignes, le charme de la couleur, les licences hardies, tout se réunit dans ce charmant ouvrage; certains contours durs m'avaient alarmé; je remarque ensuite qu'ils sont parfaitement motivés par la nécessité de détacher des parties d'une manière tranchée.
Autres beaux tableaux dans le même endroit, mais le souvenir se confond: ce sont des flamands, c'est tout dire. Belle tête de Van Dyck: homme en armes.
Nous allons au musée, à la mairie; j'y vois une assez bonne copie de mon Dante, faite par Brion[109], un jeune homme qui a fait de bons sujets d'Alsace. Je vois là des choses assez curieuses: une figure nue d'homme, de Heim[110]; cet homme avait un sentiment dans le sentiment des maîtres italiens; ce tableau est très gâté; je vois là son dernier grand tableau, exposé il y a deux ans[111], roulé depuis ce temps et laissé dans un coin comme on l'a apporté. Voilà comment les musées de province traitent les tableaux.
Je rencontre avec Schüler, qui m'a mené voir l'horloge rajeunie de la cathédrale, M. Klotz, l'architecte, frère de Mme Petiti: il me fait les honneurs de la Maison d'œuvre, et m'autorise à y dessiner.
Le soir, avec la bonne cousine, chez Hervé: la joie de ce bon et cher homme à me revoir; il y a de cela quarante-cinq à quarante-huit ans.
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21 septembre.—Le lendemain, je suis tout à fait indisposé; je reste couché une partie de la journée; j'ai peine à me dérober aux remèdes de la bonne cousine. Hervé vient me voir pendant que je suis couché. La journée se passe ainsi.