Un de ces matins, chez Ferdinand Lamey: vu son jardin, etc., etc.
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Baden, 25 septembre.—Parti de Strasbourg à huit heures; traversé la citadelle; jolie route qui me rappelle Anvers et la Belgique. Traversé le Rhin, arrivé à Baden vers quatre heures. Belles montagnes de loin se confondant avec l'horizon: le temps un peu brouillé après mon installation au Cerf. À peine arrivé, et comme à l'ordinaire, tout me semble triste, et je suis certain de m'ennuyer ici.
Je fais une aquarelle des montagnes, de ma fenêtre. Je sors, je rencontre Séchan[112], peu après Mme Kalergi. Séchan me mène voir ses travaux vraiment surprenants par la dextérité employée à tout envoyer de Paris, tout fait. Je vois Lanton avec lui qui, habitant Baden, est enivré de Baden: tout lui semble charmant; les femmes s'offrent à qui mieux mieux; on y déjeune, on y dîne, on y chasse le lendemain.
Benazet m'invite à cette chasse, et je refuse, malgré sa politesse.
Le soir, après dîner, promenade solitaire, où il faut convenir que je m'ennuie un peu malgré Lanton. J'entre à la Conversation, où je vois jouer. Je suis travaillé tout à coup entre la nécessité de faire des excursions sur les imitations de Séchan, affaire de conscience, et le désir de ne pas bouger, plus conforme à ma nature.
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Baden, en arrivant, 25 septembre.—J'ai vu hier, à Strasbourg, avec la bonne cousine Lamey, à l'église Saint-Thomas, le tombeau du maréchal de Saxe: c'est le meilleur exemple de l'inconvénient que je signale. L'exécution des figures est merveilleuse, mais elles vous font presque peur, tant elles sont imitées d'après le modèle vivant. Son Hercule, quoique de l'école et avec l'inspiration du Puget, n'a pas ce souffle et cette hardiesse, j'oserai dire ces défectuosités partielles qu'on voit partout dans ses ouvrages; les proportions de cet Hercule sont très justes; chaque partie offre des plans exacts et un grand sentiment de la chair, mais sa pose est insipide; c'est un Savoyard affligé, et non le fils d'Alemène; il est là, il pourrait être ailleurs. Cette France affligée, qui conjure la Mort avec une expression de douleur très juste, est le portrait d'une Parisienne; la figure de la Mort, figure idéale par excellence, est tout simplement un squelette articulé, comme il y en a dans tous les ateliers et sur lequel le sculpteur a jeté un grand drap, qu'il a copié avec soin, en faisant sentir très exactement, sous les plis et dans les endroits où on les voit à découvert, les têtes d'os, les creux et les saillies.
Nos pères, tout barbares dans leurs naïves allégories, dont le gothique est plein, ont représenté tout autrement les figures symboliques.
Je me rappelle encore cette petite figure de la Mort qui sonnait les heures dans la vieille horloge de l'église de Strasbourg, que j'ai vue au rebut avec toutes celles qui y faisaient leur rôle, le vieillard, le jeune homme, etc.; «c'est un objet terrible, mais non pas hideux seulement». Quand ils font des figures de diables ou d'anges, l'imagination y voit ce qu'ils ont voulu faire, à travers les gaucheries et l'ignorance des proportions.