Fig. 60.

Les crochets passent dans l’intervalle laissé entre ces ardoises et viennent saisir chacune de leurs extrémités. En coupe, je vous montre en B, moitié d’exécution, le lattis C cloué sur les chevrons, et le crochet dont la pointe est enfoncée dans ce lattis, avec son retour E retenant la pince de l’ardoise. Cela va donc de soi pour les pans, mais non pour les retours, arêtiers ou noues. Quand on a des noues et des arêtiers, les ardoises n’étant pas flexibles, il faut employer du plomb ou du zinc; le premier de ces métaux vaut beaucoup mieux que l’autre et est moins sujet à se briser ou à s’altérer. Pour les arêtiers, on cloue des noquets, qui sont des lames de plomb pliées sur le bois, remplaçant l’ardoise et chevauchées avec celle-ci; pour les noues, on étend dans l’angle rentrant, une lame de plomb sur laquelle, des deux côtés, viennent poser les ardoises. Mais vous étudierez les détails infinis de la couverture quand les ouvriers seront à la besogne, car ces sortes de travaux exigent des soins minutieux; on a à lutter contre un ennemi subtil: l’eau. Celle-ci cherche toutes les issues, elle profite de chaque négligence pour s’introduire chez vous; d’autant que, poussée par le vent, elle acquiert une puissance et une activité qu’elle n’aurait pas si elle tombait verticalement, en bonne et sage pluie. Aussi, sous les climats où les ondées sont douces, ne tombent que par des temps calmes, les couvertures sont naïves, n’exigent pas les précautions innombrables que réclament nos contrées; et c’est pourquoi j’adopte le système d’ardoises à crochets. Ici, les vents ouest et nord-ouest sont violents, chassent la pluie et la neige sous un angle de 30°. Les ardoises retenues seulement à la tête, bâillent, se soulèvent au pureau; et la pluie et la neige d’entrer. C’est pourquoi aussi nous avons donné à nos combles un angle de 60°: car la pluie, chassée violemment, arrive généralement perpendiculairement à cette inclinaison et ne risque pas alors de s’introduire sous les pureaux.

«L’établissement des chéneaux exige encore une grande attention. Il faut donner à leur fond une inclinaison suffisante, soit 0m,03c par mètre, pour assurer l’écoulement; mais il faut aussi à chaque lame de métal plomb ou zinc, qui forme le canal, un ressaut, une petite marche de 0m,04c à 0m,05c afin que l’eau ne s’introduise pas sous les jointures. Ces nécessités exigent donc que l’on donne aux chéneaux une profondeur suffisante pour trouver en bas de ces pentes des points culminants aux chutes ou tuyaux de descente, et que ces tuyaux ne soient pas trop distants les uns des autres pour ne pas faire faire à l’eau de trop longs parcours. De plus, il faut ménager sur la paroi externe des chéneaux, des exutoires ou petites gargouilles de trop-plein, pour que si la neige ou la glace vient à encombrer les orifices des tuyaux, l’eau trouve à s’écouler. Il est prudent d’ailleurs de donner au revers interne du chéneau une hauteur plus grande qu’au bord externe, pour qu’en aucun cas, l’eau n’entre à l’intérieur. Voici donc (fig. 61) le profil que nous donnerons à nos chéneaux. Le bahut A ayant 0m,40c de hauteur, la planche formant la rive externe du chéneau aura 0m,33c. Vous vous rappelez que sur la tablette de corniche nous laissons une pente donnant un vide entre chaque joint, pour aérer le dessous du chéneau et pour faciliter l’écoulement des eaux, s’il survient une fuite. Donc, notre chéneau se composera d’une planche de chêne B formant fond, d’une rive C formant la face, et d’un boudin rapporté sur le champ de la rive. Cette planche de face sera légèrement inclinée, pour que le plomb du chéneau tende moins à s’affaisser.

Fig. 61.

«La chute du comble étant en D, nos lames de plomb seront fixées en E à l’aide de clous, suivront la coupe du canal et viendront se retourner en G en formant agrafure. Nous poserons sur la face une autre lame de plomb qui formera de même agrafure en H, puis en I avec des agrafes de zinc clouées sur la planche. Ces lames de plomb seront maintenues sur cette face à l’aide de vis dont les têtes seront masquées par des mamelons a soudés; puis un boudin K se prendra dans les deux agrafures G et H.

«Au préalable, les fonds et rives externes des chéneaux seront réunis par des équerres en fer L, entaillées, lesquelles seront scellées à la base du bahut. Ces équerres seront posées en dehors et non en dedans du chéneau. C’est de distance en distance, sur ces faces du chéneau, que nous percerons les trous pour recevoir les petites gargouilles de trop-plein M.

«Les tuyaux de descente posés dans les angles rentrants du bâtiment viendront emmancher leur orifice supérieur dans un vide ménagé dans la corniche, ainsi que vous l’indique le détail N. Un manchon de plomb réunira le fond du chéneau avec cet orifice des tuyaux de fonte et ne sera soudé, bien entendu, qu’avec ce fond de chéneau, restant libre à sa partie pénétrant dans le tuyau. Pour obtenir les pentes nécessaires dans le fond du chéneau, on établira des renformis de plâtre avec arrêts pour les ressauts, au droit de chaque lame, ainsi que vous voyez en O. Chacune de ces lames ne devra pas dépasser une longueur de 3m,00.