—Oui, madame, j'ai quitté Marseille, mais depuis quelques mois seulement.
—Montez donc près de moi, j'ai besoin de causer avec vous.
—Je suis désolé de ne pouvoir accepter votre aimable invitation, mais c'est aujourd'hui samedi et nous ne pouvons nous permettre de monter en voiture le jour du sabbat.
—Vous êtes dévot, M. Josué, c'est bien, aussi je ne veux pas vous distraire plus longtemps de vos devoirs religieux, mais venez me voir demain de midi à une heure, j'ai à vous proposer une excellente affaire.
Silvia remit sa carte au juif.
—Lorsque vous vous présenterez chez moi, ajouta-t-elle, vous donnerez sans dire un seul mot cette carte à ma femme de chambre qui me la remettra, et de suite vous serez introduit. Vous m'avez compris?
—Parfaitement, madame, parfaitement; je serai demain chez vous à l'heure indiquée, répondit Josué, qui ne se retira qu'après avoir recommencé une nouvelle série de salutations.
Le vieux juif avait été instruit du mariage de Silvia avec le marquis de Roselly, qu'il avait toujours cru très-riche; il fut donc assez surpris de rencontrer en fiacre son ancienne connaissance. Serait-elle ruinée, se disait-il en se retirant; en tous cas, je me tiendrai sur mes gardes, comme on connaît les saints on les adore.
Les quelques mots qui précèdent avaient été échangés à voix basse entre Silvia et le juif, et le cocher du coupé avait profité pour s'endormir de cette station qui avait duré environ vingt-cinq minutes. Ce ne fut pas sans peine que Silvia parvint à le réveiller.
—Conduisez-moi, lui dit-elle, après lui avoir laissé le temps de se frotter les yeux, rue Notre-Dame-de-Lorette, nº 21.