(L) Les Romanichels, originaires à ce qu'on assure de la Basse-Egypte, forment comme les juifs, une population errante sur toute la surface du globe, population qui a conservé le type qui la distingue mais qui diminue tous les jours et dont bientôt il ne restera plus rien.

Les Romanichels sont donc ces hommes à la physionomie orientale que l'on nomme en France, Bohémiens; en Allemagne, des Egyptiens; en Angleterre, Gypsis; en Espagne et dans toutes les contrées du midi de l'Europe, Gitanos.

Après avoir erré longtemps dans les contrées du nord de l'Europe, une troupe nombreuse de ces hommes, auxquels on donna le nom de Bohémiens sans doute à cause du long séjour qu'ils avaient fait en Bohême, arriva en France en 1427, commandée par un individu auquel ils donnaient le titre de roi et qui avait pour lieutenants des ducs et des comtes. Ces hommes étaient régis par une constitution et des lois particulières, nous citerons seulement une de ces lois qui doit être encore en vigueur, lorsqu'un Bohémien avait commis un crime quelconque (un assassinat par exemple), il portait pendant un an cilice ou chemise de laine, et après il se croyait purifié. Comme ils s'étaient, on ne sait comment procuré un bref du pape qui occupait alors le trône pontifical, bref qui les autorisait à parcourir toute l'Europe et à solliciter la charité des bonnes âmes. Ils furent d'abord assez bien accueillis et on leur assigna pour résidence la chapelle Saint-Denis. Mais bientôt ils abusèrent de l'hospitalité qui leur avait été si généreusement accordée, et, en 1612, un arrêt du parlement de Paris leur enjoignit de sortir du royaume dans un délai fixé, s'ils ne voulaient pas aller passer toute leur vie aux galères.

Les Bohémiens n'obéirent pas à cette injonction, ils ne quittèrent pas la France et continuèrent à prédire l'avenir aux gens crédules, et à voler lorsqu'ils en trouvaient l'occasion. Mais pour échapper aux poursuites qui alors étaient dirigées contre eux, ils furent forcés de se disperser; c'est alors qu'ils prirent le nom de Romanichels, nom qui leur est resté et qui est passé dans le jargon des voleurs.

Il n'y a plus en France, au moment où nous sommes arrivés, beaucoup de Bohémiens, cependant on en rencontre encore quelques-uns, principalement dans nos provinces du nord, comme jadis, ils n'ont pas de domicile fixe, ils errent continuellement d'un village à l'autre et les professions qu'ils exercent ostensiblement sont celles de marchands de chevaux, de brocanteurs ou de charlatans. Les Romanichels connaissent beaucoup de simples propres à rendre malades les animaux domestiques, ils savent se procurer les moyens de leur en administrer une certaine dose; ensuite ils viennent offrir leurs services au propriétaire de l'étable dont ils ont empoisonné les habitants et se font payer fort cher les guérisons qu'ils opèrent.

Les Romanichels ont inventé, ou du moins ont exercé avec beaucoup d'habileté, le roi à la care dont nous venons de parler, qu'ils ont nommé Cariben.

Lorsque les Romanichels ne volent pas eux-mêmes, ils servent d'éclaireurs aux voleurs. Les chauffeurs qui de l'an IV à l'an VI de la république, infestèrent la Belgique, une partie de la Hollande et la plupart des provinces du nord de la France, avaient des Romanichels dans leurs bandes.

Les Marquises (les Romanichels nomment ainsi leurs femmes) étaient ordinairement chargées d'examiner la position, les alentours et les moyens de défense des gernafles (fermes) ou pipés (châteaux) qui devaient être attaqués, ce qu'elles faisaient en examinant la main d'une jeune fille à laquelle elles ne manquaient pas de prédire un sort brillant et qui souvent devait s'endormir le soir pour ne plus se réveiller.

(M) Les premiers vols à la vanterne furent commis à Paris en 1814, lors de la rentrée en France des prisonniers détenus sur les pontons anglais, ceux de ces prisonniers qui précédemment avaient été envoyés aux îles de Rhé et de Saint-Marcouf, étaient pour la plupart d'anciens voleurs, aussi à leur retour, ils se formèrent en bandes et commirent une multitude de vols. Dans une seule nuit plus de trente vols commis à l'aide d'escalade vinrent effrayer les habitants du faubourg Saint-Germain, mais peu de temps après cette nuit mémorable, l'auteur de ce livre mit entre les mains de l'autorité judiciaire trois bandes de vanterniers fameux; la première composée de trente-deux hommes, la seconde de vingt-huit et la troisième de seize; sur ce nombre total de soixante-seize, soixante-sept furent condamnés à des peines plus ou moins fortes.

Il serait facile de mettre les vanterniers dans l'impossibilité de nuire, il suffirait pour cela à fermer à la tombée de la nuit et même durant les plus grandes chaleurs, toutes les fenêtres pour ne les ouvrir que le matin.