»Nous ne nous étions pas trompés; ils étaient en effet dans une pièce du rez-de-chaussée de ce corps de bâtiment, et comme les fenêtres en étaient ouvertes (sans doute à cause de la grande chaleur qu'il faisait), une bonne partie de leurs paroles pouvait arriver jusqu'à nous.
Nous nous plaçâmes le mieux que cela nous fut possible pour écouter, et voici à peu près ce que nous entendîmes.
—»Ainsi, tu ne veux rien changer à ton plan, dit l'un deux.
—»Non, répondit celui auquel on venait de s'adresser et qu'à sa voix nous reconnûmes pour être celui du faubourg Saint-Denis, mon plan est sage, parfaitement conçu.
—»Mais songe donc que faire tuer le roi au milieu de ses gardes, c'est mettre le chef de la conjuration dans un péril dont on pourra trouver extraordinaire qu'il parvienne à se tirer.
—»Mais pourquoi? dit un autre. Lorsqu'il frappera le tyran, il sera vêtu de son uniforme, de sorte qu'il y aura nécessairement un moment d'hésitation parmi les soldats qui n'oseront de suite porter la main sur un de leurs chefs, ce qui donnera le temps d'agir aux autres conjurés.
—»C'est égal; frapper le roi au milieu de son escorte, c'est scabreux.
—»Laisse donc. La proclamation qui est pleine de belles périodes enlèvera le public; et puis si je change cela, il me faudra changer bien d'autres choses encore, et ma foi! je n'ai pas le temps; laissons donc les choses comme elles sont.
—»Eh bien! va comme il est dit; du reste, tu peux compter que nous te donnerons tous, au moment du danger, un fameux coup de main.»
Les deux agents du comte, après avoir expliqué à leur noble patron comment ayant été forcés de quitter précipitamment le lieu où ils se trouvaient pour échapper aux regards des conspirateurs qui s'étaient répandus dans le jardin, terminaient leur rapport en sollicitant la récompense à laquelle leur donnait droit la merveilleuse découverte qu'ils venaient de faire.