La petite maison, faiblement éclairée à l'intérieur, était calme et silencieuse.

—Qui sait, se dit Paul Féval, si dans ce moment ils n'assassinent pas, pour le dépouiller, quelque malheureux voyageur.

—Le mauvais temps ne vous à donc pas empêché de vous mettre en route, dit sir Lambton lorsqu'il vit entrer Paul Féval dans le modeste appartement qu'il occupait chez l'habitant de Vernon; c'est bien, j'aime, morbleu! que l'on soit exact. M'avez-vous apporté ce que je vous ai demandé?

—J'ai, ainsi que vous me l'avez ordonné, renfermé dans une boîte élégante cinq cents napoléons tout neufs que je vous apporte.

Sir Lambton ouvrit la petite caisse que Paul Féval venait de lui remettre, et dans laquelle les napoléons étaient renfermés dans un double fond recouvert par un nécessaire de femme, garni de toutes ses pièces; c'est bien cela, dit-il après s'être assuré que Paul Féval s'était rigoureusement conformé à ses instructions, c'est bien cela. J'ai voulu, ajouta-t-il, m'arrêter quelques jours ici avant de me fixer à Paris, où je savais qu'habitait un homme qui a trouvé l'occasion, il y a longtemps, de me rendre un important service, et je suis vraiment arrivé à propos: ce brave homme, qui n'a pas été assez heureux pour faire fortune, marie sa fille, à laquelle il ne peut donner de dot; j'ai voulu, moi, doter la demoiselle; c'est une manière comme une autre de reconnaître les services que m'a rendus le père, qui, tout pauvre qu'il est, est fier comme un hidalgo espagnol et qui n'a jamais rien voulu accepter; mais il va être bien attrapé. Je donne devant lui, et seulement quelques minutes avant de monter en voiture, ma petite boîte à la demoiselle qui sera charmée de recevoir un aussi beau nécessaire, lorsqu'ils découvriront la cachette du double fond, je serai loin; et s'ils viennent m'en parler, je leur dirai que je ne sais ce qu'ils veulent me dire.

Sir Lambton, on le voit, était un de ces hommes rares, qui font le bien seulement pour le plaisir qu'ils éprouvent à le faire, et qui se soucient fort peu des éloges et des remercîments que peuvent leur valoir leurs bonnes actions; ajoutons cependant, afin que l'on ne nous accuse pas d'avoir mis en scène un de ces enrichis du nouveau monde, usés jusqu'à la corde, comme il s'en rencontre dans une infinité de vaudevilles et de mélodrames, qu'il n'avait pas l'habitude de jeter des bourses pleines d'or au nez de tous ceux qu'il rencontrait, et que s'il donnait dix mille francs à la fille de son hôte pour lui servir de dot, c'est que le service que le père lui avait rendu pouvait justifier une pareille générosité. Si maintenant l'on vient nous dire qu'il n'y a pas grand mérite à reconnaître un service, et que beaucoup d'autres à la place de sir Lambton auraient fait ce qu'il venait de faire, nous répondrons que c'est possible, mais que nous n'en croyons rien; la reconnaissance étant, suivant nous, la plus rare de toutes les vertus; au reste, nous ne voulons pas ici énumérer toutes les qualités de sir Lambton, que les événements qui vont suivre feront suffisamment connaître, et après avoir dit que le cadeau qu'il destinait à la fille de son hôte fut accepté comme une de ces brillantes bagatelles qu'il est d'usage d'offrir aux jeunes mariés. Nous nous placerons près de lui sur la banquette du cabriolet qui l'amène à Paris, et après avoir écouté sa conversation avec Paul Féval, nous la rapporterons à nos lecteurs.

—Eh bien! mon ami, dit-il, lorsque le cabriolet eut dépassé les dernières maisons de Vernon et qu'il roula sur la belle route de Normandie, vous avez vu ma chère petite nièce. Est-elle vraiment aussi jolie que me l'a écrit plusieurs fois ce pauvre comte de Neuville?

—Quels que soient les éloges que vous ait faite monsieur le comte de Neuville des charmes de mademoiselle de Beaumont, répondit Paul Féval, il sera, j'en suis certain, resté au-dessous de la vérité; il est impossible de peindre une aussi charmante créature.

—Diable! diable! reprit en riant sir Lambton, vous m'inquiétez, mon cher Féval; il faut de bien belles cages pour garder un aussi bel oiseau. Celles que vous avez choisies sont-elles bien convenables.

—Je me suis conformé à vos ordres; je n'ai rien fait sans avoir préalablement consulté mademoiselle de Beaumont; et comme elle est, ainsi que son amie qui a bien voulu m'aider de ses conseils, douée du goût le plus sûr et du tact le plus délicat, je pense que vous serez content.