—Non, certes, je suis au contraire disposé à faire honneur à un excellent repas.
Salvador et le vicomte de Lussan sortirent ensemble: comme ils traversaient la place de la Concorde, pour se rendre sur le quai, ils se trouvèrent en face de Roman, qui causait près la grille de l'obélisque, avec un individu dont ils ne purent voir la physionomie, attendu qu'il leur tournait le dos. Le vicomte de Lussan remarqua seulement qu'il était doué d'une taille au moins égale à la sienne et d'une carrure qui annonçait une vigueur peu commune.
—Voilà un gaillard solidement bâti, dit-il à Salvador en lui faisant remarquer le compagnon de Roman, qui à ce moment quittait ce dernier qui demeurait immobile à la même place, semblable à la femme de Loth, lorsqu'elle eût été changée en statue de sel.
—Ah! double traître! s'écria Salvador qui avait quitté le bras du vicomte pour arriver plus vite près de Roman, si tu ne me rends pas mon argent, je te fais un mauvais parti.
—Allons, allons, répondit Roman sans paraître beaucoup ému de la colère de Salvador, calme-toi, mon ami, tu me retiendras ces dix-sept mille francs lorsque nous toucherons notre revenu.
Salvador fit la grimace, la nécessité de partager avec Roman le revenu des terres de Pourrières, commençait à lui paraître dure; cependant il ne dit plus rien.
—Débarrasse-toi du vicomte de Lussan! continua Roman, il faut que je te parle au sujet de la rencontre que je viens de faire de l'homme avec lequel je causais tout à l'heure.
—Est-ce important?
—Très-important.
Salvador alla vers le vicomte de Lussan qui, par discrétion, s'était arrêté à quelques pas de distance: