—Marseille! Marseille, c'est mon pays! c'est dans cette ville que doit être ma famille, si elle existe encore, malgré tous les tourments que je lui ai causés; de grâce, monsieur, si vous allez dans la ville qui m'a va naître, soyez assez bon pour voir ma famille et lui dire la position où je me trouve en ce moment, c'est-à-dire bourrelée de remords et un pied dans la tombe!... Je mourrai heureuse si vous me promettez de voir mes parents et de remettre cet anneau au marquis de Pourrières, dont ma famille vous donnera l'adresse. Attendez! voici quelque chose de plus précieux encore:
Elle tira alors de son sein une petite boîte en écaille garnie en or, en disant:
—C'est tout ce qui me reste de ma prospérité passée! Cette boîteccontient l'acte de naissance de mon fils. Hélas! je l'ai lâchement abandonné ainsi que son malheureux père!...
En ce moment un torrent de larmes inondait son visage, elle ne put continuer, tant ces souvenirs lui causaient d'émotion.
Servigny et la vieille dame la voyant près de défaillir, s'empressèrent par leurs soins et leurs consolations à la calmer, à la ranimer. Servigny lui assura qu'il verrait sa famille, ainsi que son fils et le père de cet enfant; qu'elle pouvait compter sur lui pour ce dont elle le chargerait. Elle parut se remettre un peu et remercia ses deux bienfaiteurs du tendre intérêt qu'ils lui portaient. Elle ajouta que trop fatiguée en ce moment, elle priait Servigny de revenir plus tard, qu'elle préparait pour le jour de son départ les notes qu'elle lui destinait.
A quelques jours de là, Servigny retourna voir cette infortunée: il la trouva un peu mieux. Elle lui remit toutes les notes dont il pouvait avoir besoin pour faire les démarches qu'elle avait réclamées de lui, et le pria instamment de vouloir bien l'instruire de tout ce qu'il apprendrait dans ses intérêts:
—J'aurai la force de vivre, ajouta-t-elle, jusqu'à ce que je sache si j'ai encore des parents, des amis, et surtout si mon fils existe encore. Cette certitude me ferait oublier tous mes malheurs, toutes mes souffrances.
Servigny lui assura de nouveau qu'elle pouvait compter sur lui, et, au risque d'être indiscret, il se permit de l'interroger sur son sort, sur les circonstances qui l'avaient réduit à l'état de dénûment dans lequel elle se trouvait.
Ces questions lui firent répandre un torrent de larmes.
—Hélas! dit-elle à Servigny, quand vous connaîtrez mes aventures, je serai l'objet de votre mépris, ainsi que de cette bonne dame dont le généreux dévouement m'a sauvé la vie. Mais je n'ai rien à vous refuser.