»LUCIE DE POURRIÈRES.»
Au bas de la dernière page de cette lettre, Salvador a écrit ces quelques mots:
«Je n'ai eu que rarement, madame, le bonheur de vous voir, je n'ai cependant oublié ni vos grâces, ni votre esprit, je n'ose vous prier de vouloir bien m'accorder une petite part de l'amitié que vous avez vouée tout entière à ma femme, mais j'ai l'espérance que vous voudrez bien quelquefois me permettre de l'accompagner, lorsqu'elle ira vous visiter. Je suis impatient de connaître M. Féval, persuadé que je suis que l'homme auquel vous avez bien voulu accorder votre main, est tout à fait digne de l'amitié de tous les honnêtes gens, veuillez, je vous prie, lui présenter mes hommages.
»Daignez agréer, madame, l'assurance du profond
respect, avec lequel je suis,
»Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
»A. DE POURRIÈRES.»
Silvia au marquis de Pourrières.
Paris.
«J'ai vu Lebrun.» Nos lecteurs savent que Silvia appelait ainsi Roman; le vicomte de Lussan, l'ayant entendu nommer au festin donné chez Lemardelay par Alexis de Pourrières, était le seul des amis de Salvador qui connût son véritable nom. «Et je suis à peu près satisfaite de ce qu'il m'a dit, vous avez, m'a-t-il dit, été très-affligé de ma perte, et ce n'est qu'après m'avoir longtemps cherchée et fait chercher, que vous vous êtes déterminé à épouser la comtesse de Neuville.
»Je vous le répète, ce n'est point de votre mariage, qui, je le crois sans peine, pouvait seul réparer les brèches faites à votre fortune par l'inconduite de votre intendant, que je songerai à me plaindre, s'il ne me fait pas perdre votre affection.
»Est-ce que vous ne pouvez pas vous débarrasser du bon M. Lebrun, est-il absolument nécessaire que vous gardiez près de vous cet homme, qui, si je dois croire ce que m'en a dit le vicomte de Lussan, perd tous les jours au jeu des sommes considérables, qu'il ne peut prendre que dans votre caisse.
»Je sais bien qu'il connaît une foule de choses et que c'est probablement pour cela que vous lui laissez faire à peu près tout ce qu'il veut, mais il me semble qu'il existe des remèdes pour guérir tous les maux, et que dans la position ou vous vous trouvez, l'emploi même des plus énergiques ne doit pas vous épouvanter.