»Si par hasard vous aviez l'intention de vous guérir, vous pourriez compter sur moi, je serais heureuse de trouver l'occasion de vous donner une nouvelle preuve de dévouement.
»Le vicomte de Lussan m'a dit que vous étiez parti avec le dessein de passer toute la belle saison au château de Pourrières, comme sans doute vous avez annoncé ce dessein à votre femme, et qu'un changement subit de détermination pourrait lui paraître extraordinaire et lui faire croire que ses charmes ont perdu le pouvoir de vous retenir près d'elle, ne changez rien à vos projets; j'attendrai pour vous servir que vous soyez de retour à Paris; vous voyez que je suis de composition facile. Aussi j'ai l'espérance que vous me tiendrez compte plus tard de mon extrême mansuétude.
»Je dois, maintenant que la paix est à peu près faite entre nous, vous raconter tout ce qui vient de m'arriver, vous allez lire une bien singulière histoire, et que peut-être vous ne voudriez pas croire si elle n'était pour ainsi dire de notoriété publique[582].»
Silvia raconte ici à Salvador des événements que nos lecteurs connaissent déjà, c'est-à-dire tout ce qui lui est arrivé depuis son enlèvement par Beppo, au moment où elle sortait de chez elle pour aller chez la devineresse de la rue des Vignes à Chaillot, jusqu'au moment où elle lui apparut dans l'église Notre-Dame de Lorette.
«Si maintenant, continue-t-elle après avoir achevé ce récit, vous me demandez ce que c'est que ce Beppo, qui m'a si audacieusement enlevée en plein jour, à deux pas de mon domicile, je vous répondrai que cet homme est celui que j'avais chargé de punir l'outrecuidance de M. de Préval, ceci demande peut-être une explication que je vous donnerai lorsque nous serons réunis.
»Le récit que je viens de vous faire vous a prouvé, je l'espère, que je n'avais absolument rien à me reprocher, et que j'avais le droit de vous parler comme je l'ai fait dans ma première lettre.
»Adieu, mon ami, écrivez-moi souvent, vos lettres me consoleront de votre absence.
»Tout à vous,
»SILVIA.»
P. S. «Vous avez déjà deviné que ma bourse est dans le plus piteux état qu'il soit possible d'imaginer, ayez donc la bonté de m'envoyer de suite quelques billets de mille francs, je resterai à l'hôtel des Princes jusqu'à ce que vous soyez à Paris, nous ne songerons à remonter ma maison que lorsque vous serez de retour.»