Le marquis de Pourrières à la marquise de Roselly.

Du château de Pourrières.

«Je viens de recevoir votre lettre, ma chère Silvia, et l'empressement que je mets à vous répondre vous donnera la mesure du plaisir qu'elle m'a fait éprouver.

»Je suis aussi satisfait qu'il est possible de l'être, des explications que vous avez bien voulu me donner, et je reconnais sans peine que vous n'avez absolument rien à vous reprocher et que vous aviez le droit de me parler comme vous l'avez fait.

»Je resterai, puisque vous voulez bien me le permettre, jusqu'à la fin de l'été au château de Pourrières.

»Nous parlerons lorsque je serai de retour à Paris, du bon M. Lebrun; ce que vous me dites de cet excellent serviteur me prouve que nous nous entendons parfaitement sans avoir besoin de nous adresser de longs discours, et que les souffrances que vous venez d'éprouver ne vous ont pas fait perdre une seule de vos brillantes qualités.

»Je vous envoie dix mille francs en un mandat sur M. Mathieu Durand, banquier à Paris, ne ménagez pas l'argent, je puis, Dieu merci, sans me gêner, subvenir largement à tous vos besoins, et si je puis me guérir de la maladie dont je suis attaqué, je pense qu'il en sera toujours de même.

»Votre maison sera remontée lors de mon retour à Paris, et avec plus de luxe qu'elle ne l'était, vous savez sans doute qu'une somme assez considérable, produite par la vente de tous les objets vous appartenant, qui garnissaient votre hôtel de l'avenue Châteaubriand, est déposée à la caisse des consignations, il est peut-être possible de recouvrer cette somme, nous y aviserons.

»N'y aurait-il pas moyen de se débarrasser de ce Beppo, qui me paraît un homme fort dangereux?

»Adieu, ma chère Silvia, comptez toujours sur l'affection et l'entier dévouement de votre fidèle amant.