»A. DE POURRIÈRES.»

—Ainsi, se dit Salvador après avoir cacheté cette lettre, il faudra, lorsque je me serai débarrassé de Roman, que je satisfasse tous les caprices de cette femme dont maintenant je n'ai que faire. Il n'en sera pas ainsi, madame la marquise de Roselly; je me servirai de vous, puisque vous m'offrez votre concours; et ma foi, après... Mais de combien de victimes se composera la sanglante hécatombe que je dois sacrifier à ma sûreté?

Salvador demeura quelques instants la tête cachée entre ses mains; puis il sonna, et ordonna au domestique qui se présenta, d'aller mettre à la poste la lettre qu'il venait d'écrire.

Laure Féval, à la marquise de Pourrières.

Florence.

«Tes deux lettres, ma chère Lucie, viennent de m'être remises à la fois; elles étaient arrivées avant nous à Florence, car nous nous sommes arrêtés dans plusieurs villes d'Italie: à Gênes, à Milan, à Venise, avant d'arriver à Florence; mais comme nous avions écrit dans cette dernière ville pour retenir nos logements, on les a conservées pour me les remettre.

»Je t'ai un peu négligée, j'en conviens; je suis certaine, cependant, que tu n'as pas cru un seul instant que je t'avais oubliée.

»Ainsi, te voilà mariée; tu as épousé cet homme qui te faisait tant peur; je n'avais donc pas tort, lorsque je te disais que tu t'occupais trop de lui pour qu'il te fût indifférent.

»Je suis charmée de ce que tu es heureuse; cela, du reste, ne m'étonne pas; tu es si belle, si bonne, si aimable, que quand bien même M. le marquis de Pourrières ne posséderait pas une seule des qualités que tout le monde lui accorde, il lui serait impossible de ne pas t'aimer; et je crois qu'il est impossible de rendre malheureux ceux que l'on aime. J'ai souvent entendu dire, il est vrai, qu'il existait des gens si malheureusement organisés, qu'ils ne pouvaient aimer personne; mais je ne crois pas cela, et quand bien même cela serait, M. le marquis de Pourrières n'est pas de ces gens-là.

»Je suis aussi heureuse que toi, ma chère Lucie; et tous les jours je bénis le ciel de ce qu'il a bien voulu associer ma destinée à celle de l'homme estimable qui est devenu mon époux. Mon mari a été bien malheureux, ma chère Lucie; un jour, peut-être, il me sera permis de te raconter son histoire, et je suis d'avance persuadée, que tu me diras que ma constante étude doit être celle de chercher à lui faire oublier les peines de ses premières années.