»Tu as tort de me rappeler ce que je te disais autrefois de M. le marquis de Pourrières; c'étaient des folies de jeune fille que rien ne justifiait et auxquelles tu as eu le bon esprit de ne pas attacher plus d'importance qu'elles n'en méritaient. J'accorderais bien volontiers, à l'homme qui fait le bonheur de ma plus chère amie, une bonne part dans mon estime et dans mon amitié; mais si par hasard il changeait de conduite, oh! alors, ce serait entre nous une guerre acharnée, et je serais brave, s'il s'agissait de te défendre.

»Je ne te parlerai pas des villes de l'Italie, que nous avons déjà visitées; les livres de nos touristes t'ont appris beaucoup plus de belles choses que je ne suis capable de t'en écrire; et puis, quoique je trouve très-beau tout ce que nous avons déjà vu, tout cela, vois-tu, ne vaut pas notre bonne vieille France que l'on regrette dès qu'on l'a perdue de vue, et que l'on revoit toujours avec plaisir; si cependant il nous arrive quelques aventures, avant notre retour à Paris, je n'oublierai pas de te les raconter.

»Nous devons visiter Rome et sa campagne, la Savoie, la Suisse; nous arrêter quelques jours à Genève, et puis rentrer en France; toutes ces courses ne nous prendront pas plus de deux mois, de sorte que nous serons à Paris vers la fin de l'été; nous resterons là jusque vers le milieu de l'automne, j'espère bien que tu viendras nous y voir.

»Mon bon oncle me charge de déposer deux gros baisers sur chacune de tes deux joues, et je m'acquitte de la commission, sans en demander la permission à M. le marquis de Pourrières qui, je l'espère bien, ne s'avisera pas d'être jaloux.

»Mon mari écrit, par le même courrier, à M. le marquis de Pourrières; sans doute pour le remercier des choses aimables qu'il a bien voulu lui adresser.

»J'ai écrit à madame de Bourgerel; je n'ai pas besoin de te dire que je suis aussi contente que toi de la savoir heureuse.

»A bientôt, ma chère Lucie, je suis impatiente de te presser sur mon cœur.

»Ton amie,

»LAURE FÉVAL.»

M. Paul Féval à M. le marquis de Pourrières.