—M. le marquis de Pourrières, dit-il, après avoir ouvert le registre couvert de parchemin à la lettre P; je le connais beaucoup de réputation, il a fait quelques affaires avec un de mes confrères, qui tient sur le boulevard, un magasin de jouets d'enfants, ce confrère est très-content de lui; du reste, M. le marquis de Pourrières est très-riche par lui-même et sa fortune est augmentée depuis son mariage; on peut sans se compromettre, lui escompter deux ou trois cents mille francs.
—Ainsi, vous donneriez deux cents mille francs contre des lettres de change du marquis de Pourrières?
—Si M. le marquis m'offrait un intérêt raisonnable et une première hypothèque sur ses propriétés, nous pourrions nous entendre; mais est-ce une affaire ordinaire, que vous voulez me proposer?
—Non, répondit Roman, c'est au contraire une affaire très-extraordinaire.
—Expliquez-vous, mon cher monsieur, je ne déteste pas les affaires extraordinaires.
—Question inutile, vous ne seriez pas venu, si d'avance vous n'aviez pas été persuadé de mon extrême discrétion.
—Voici de quoi il s'agit: Je suis l'intendant, l'ami ou plutôt le complice de M. le marquis de Pourrières; je sais tant de choses, que je suis persuadé que mon maître, mon ami, mon complice, comme vous voudrez l'appeler, donnerait sans hésiter toute sa fortune, pour éviter de me voir comparaître devant une cour d'assises; car il sait qu'il n'y a personne au monde qui soit plus bavard qu'un accusé. Eh bien! si vous voulez me compter seulement soixante-dix mille francs, je vous signerai du nom du marquis de Pourrières, cent mille francs de lettres de change; cela vous va-t-il?
Juste réfléchit quelques instants.
—Je ne puis, dit-il, vous donner aujourd'hui une réponse positive, revenez me voir demain, nous causerons et je crois que l'affaire pourra s'arranger.