Juste, après avoir pris congé du vicomte de Lussan retourna de suite chez lui; il venait seulement de rentrer lorsque Roman sonna à sa porte.
Pour l'introduire dans son cabinet, l'usurier, auquel les confidences du vicomte avaient appris ce dont il était capable, prit encore plus de précautions que la veille.
—Je veux bien, lui dit-il, faire ce que vous me demandez, mais comme l'opération que vous m'avez proposée est purement aléatoire, je vous donnerai seulement cinquante mille francs. Cela vous convient-il?
—Cinquante mille francs, répondit Roman, c'est peu.
—Mes chances de perte sont aussi nombreuses, si ce n'est plus, que mes chances de gain.
—J'accepte les cinquante mille francs, M. Juste.
—Veuillez, en ce cas, me souscrire les lettres de change.
Roman eut bientôt fait ce que désirait Juste; l'usurier prit les lettres de change et sortit du cabinet, après une absence de quelques minutes, il rentra, et remit à Roman les cinquante billets de banque que celui-ci attendait avec la plus vive impatience.
—N'oubliez pas, dit l'usurier à son client lorsque ce dernier fut sur le point de mettre le pied dans la rue, que ces lettres de change seront déposées au parquet de M. le procureur du roi, si elles ne sont pas payées à leur échéance; vous avez deux mois devant vous.
—Je tâcherai de bien employer ces deux mois, répondit Roman; ce sont peut-être les deux seuls qui me restent.