Le maître de l'hôtel garni dans lequel il logeait le fit transporter à l'Hôtel-Dieu.
Sa maladie fut longue, mais enfin il guérit, et, par une sombre et froide matinée d'automne, on le mit à la porte de l'hospice; le médecin, qui la veille avait signé son billet de sortie lui avait recommandé de se vêtir bien chaudement, tant que durerait sa convalescence, de boire un peu de vin de Bordeaux et de ne manger que des aliments sains et nourrissants, Fortuné avait, en effet, bien besoin de tout cela; les mille privations qu'il supportait depuis si longtemps, l'avaient tellement affaibli, que, pour marcher, il était forcé de s'appuyer contre les murailles.
Il mit plus de deux heures à franchir le court espace qui sépare l'Hôtel-Dieu du modeste hôtel garni qu'il habitait avant son entrée à l'hôpital; il croyait, le pauvre garçon, que son hôte ne refuserait pas de le recevoir; son attente fut trompée.
—Votre chambre est louée, mon garçon, lui répondit l'hôtelier après avoir patiemment écouté sa très-humble supplique, et il ne m'en reste pas une en ce moment dont je puisse disposer; allez, mon ami, allez, et que Dieu vous bénisse.
Fortuné sortit la mort dans l'âme; après avoir longtemps marché au hasard, épuisé de fatigue et de besoin, il tomba sur le trottoir.
Des sergents de ville passèrent qui le conduisirent au corps de garde le plus voisin.
Les soldats partagèrent avec lui leur maigre pitance, et le couvrirent de la capote de bure du factionnaire.
Le lendemain matin, Fortuné fut conduit devant un commissaire de police, auquel il raconta toute son histoire.
Ce commissaire de police l'écouta très-patiemment, et comme de ce qu'il venait d'entendre il résultait la preuve que le pauvre diable n'exerçait habituellement ni métier, ni profession, qu'il n'avait ni domicile, ni moyens assurés d'existence et que par conséquent l'art. 270 du code pénal ainsi conçu: «Les vagabonds ou gens sans aveu sont ceux qui n'ont ni domicile certain, ni moyens de subsistance, et qui n'exercent habituellement ni métier, ni profession,» pouvait lui être appliqué, il chargea deux soldats de le conduire à la préfecture de police. Il était depuis deux jours dans cette prison, confondu avec la tourbe infâme des habitués du dépôt, lorsqu'il fit la rencontre de la femme Adélaïde Moulin dans l'antichambre d'un juge d'instruction.
Nous avons vu qu'il la prit entre ses bras et qu'il la serra longtemps contre sa poitrine.