—Connaissez-vous l'individu connu sous le nom du Provençal?

—Je ne sais de qui vous voulez parler.

—Cet individu ne serait-il pas le même que le nommé Lebrun, votre intendant?

—Je ne le pense pas; je ne puis cependant nier absolument un fait que j'ignore; mon intendant était à peu près maître de tout son temps; je ne sais à quoi il l'employait lorsqu'il n'était pas à l'hôtel, et après tout, en admettant comme possible qu'il se soit lié avec une bande de malfaiteurs, suis-je responsable de ses actes?

—Aviez-vous sujet de vous plaindre du nommé Lebrun?

—Non, M. Lebrun était un excellent serviteur.

—Il sera cependant établi que cet homme qui était, à ce que vous assurez, un excellent serviteur, était joueur, qu'il passait toutes ses soirées dans un tripot clandestin de la rue Richelieu.

—Vous m'apprenez un fait que j'ai ignoré jusqu'à ce jour.

—Peut-être!

Le juge prit dans une volumineuse collection de pièces placée devant lui, une lettre que Salvador reconnut de suite pour une de celles que Silvia lui avait adressées pendant le temps qu'il habitait le château de Pourrières avec sa femme. Il avait l'habitude de brûler toutes celles des lettres qu'il recevait qui étaient de nature à le compromettre, mais il avait fait une exception en faveur de celle que le juge tenait entre ses mains, qui pouvait, dans le cas où il aurait eu à se plaindre de Silvia, lui servir à la perdre.