—Saviez-vous, avant que je ne vous l'apprisse, que cette dame recevait souvent Josué chez elle?
—Je l'ignorais.
—Vous en êtes bien sûr.
—Très-sûr, en vérité.
—Vous êtes cependant accusé d'avoir, de complicité avec la nommée Catherine Fontaine, dite Silvia, veuve du marquis de Roselly, ex-première chanteuse au grand théâtre de Marseille, commis un assassinat suivi de vol sur la personne du nommé Josué; qu'avez-vous à répondre?
Les premières questions avaient préparé Salvador à l'accusation que l'on venait de formuler contre lui, il put donc répondre, avec assez de tranquillité, au juge qui répétait sa dernière question:
—Qu'avez-vous à répondre?
—Que je ne suis pas plus coupable de ce crime que de tout ceux dont on m'accuse.
Nous devons à nos lecteurs le récit des faits qui mirent la justice sur les traces des assassins du malheureux Josué. Pour qu'ils les comprennent facilement, il est nécessaire que nous leur rappelions les principales circonstances qui accompagnèrent la perpétration de ce crime, qu'ils n'ont peut-être pas présentes à la mémoire.
Lorsque Josué, sorti à moitié ivre de chez Silvia, qui l'avait fait souper avec elle, eut dépassé de quelques mètres le pont de la Concorde, Roman s'élança sur lui et lui jeta autour du cou, pour l'étrangler, un foulard roulé en corde. Salvador, pendant ce temps, arrachait le scapulaire suspendu au cou de la victime, qui contenait les billets de banque dont ils voulaient s'emparer. La victime morte et dépouillée, ils jetèrent son cadavre dans la Seine, puis il firent à la hâte un paquet des blouses, des larges pantalons de toile qu'ils portaient par-dessus leurs vêtements, et le jetèrent de même à la rivière, après avoir pris le soin d'y introduire quelques pierres, afin de le faire aller au fond; mais leur précipitation avait été telle, que le paquet se défit avant d'avoir touché l'eau, et que les effets qu'il contenait suivirent le cours du fleuve. Une des blouses, celle que portait Salvador, s'arrêta en même temps que le cadavre du malheureux Josué, contre un des îlots du Roi, et le hasard voulut qu'elle s'entortillât tellement après le cadavre, que les mariniers qui le relevèrent crurent qu'elle avait appartenu à la victime. Les questions adressées à Salvador feront connaître à nos lecteurs les faits qui devaient résulter de cet événement en apparence insignifiant.