Un bon feu brûle dans l'âtre, et répand dans le salon une douce chaleur qui paraît réjouir fort ceux qui s'y trouvent.
D'abord six femmes encore jeunes et à peu près jolies, décolletées, vêtues seulement, bien que la température soit froide et qu'elles soient forcées de sortir de quart d'heure en quart d'heure, de robes de soie assez légères, de couleurs claires; ensuite deux hommes dont la physionomie ressemble à celle de tout le monde, si ce n'est qu'elle est plus belle que celles que l'on rencontre ordinairement. L'un de ces hommes est vêtu d'une redingote et d'un pantalon bleus assez propres; l'autre, d'un pantalon de velours côtelé et d'une blouse de chasse de toile grise presque neuve.
Nous venons de dire que la physionomie de ces deux hommes était plus belle que celles que l'on rencontre ordinairement; nous devons ajouter, cependant, que celui qui est vêtu d'une redingote porte des lunettes vertes qui font un assez vilain effet, et que l'autre a l'œil droit couvert d'un bandeau de taffetas noir. Tels qu'ils sont, cependant, ces messieurs paraissent plaire infiniment aux habitantes du lieu dans lequel ils se trouvent, qui toutes, à l'exception d'une fort jolie brune qui est assise à l'écart et ne paraît pas s'occuper de ce qui se passe autour d'elle, leur prodiguent une foule de petits soins et de gracieux sourires.
Nos lecteurs comprendront l'empressement et l'amabilité de ces dames, lorsque nous leur aurons dit que les deux messieurs ont commandé un énorme bol d'eau-de-vie brûlée qu'une servante vient d'apporter tout enflammée sur la table.
—Allons, Flamant, versez du punch à ces dames; dit à son compagnon l'homme aux lunettes vertes.
—Très-volontiers, mon cher Albert, répondit Flamant, qui prit avec une grâce toute particulière la cuiller à potage digne accompagnement d'un punch servi dans un saladier, et qui remplit jusqu'aux bords les verres destinés aux dames.
—Eh bien! Elisabeth, dit une de ces dernières à la jolie brune assise à l'écart, tu ne viens donc pas prendre un verre de punch?
—Je n'ai pas soif, répondit Elisabeth d'une voix brève.
—Viens donc, bête, il est bon, et ces messieurs disent que quand il n'y en aura plus il y en aura encore.
Elisabeth ne prit seulement pas la peine de lever la tête pour regarder celle qui l'interpellait.