Silvia, Salvador et de Lussan furent éveillés le lendemain matin par Vernier les bas bleus, qui entra chez eux suivi de deux garçons restaurateurs qui apportaient tout ce qu'il fallait pour faire un somptueux déjeuner; quelques mots lui expliquèrent la présence de Silvia.

—Elle n'est pas belle la particulière, dit-il, mais c'est égal si le bêcheur[897] n'a pas menti, c'est une luronne et je suis bien aise qu'elle soit avec nous, si surtout elle plaît à Rupin.

—Elle ne me plaît pas, répondit Salvador, mais je la supporte; il le faut bien.

—Eh bien, alors, reprit Vernier les bas bleus, pourquoi ne pas s'en débarrasser; et il fit un geste significatif, traduction fidèle de sa pensée.

—Par exemple, s'écria de Lussan, une compagne d'infortune!

—Et qui, après tout, peut nous être utile, ajouta Salvador.

—A table! dit Silvia qui venait d'achever de mettre le couvert et qui n'avait pas entendu les paroles échangées entre les trois complices, à table!...

Ils s'empressèrent tous d'obéir à cette invitation, et ils firent honneur aux vins fins et aux mets délicats apportés par Vernier les bas bleus.

Plusieurs jours se passèrent ainsi; grâce à l'obligeance intéressée de Louis l'Aventurier et au talent de faussaire de Salvador, les membres de cette société de bandits étaient tous munis de passe-ports en règle; il ne leur manquait plus que de l'argent pour être en mesure de quitter la France, ainsi qu'ils en avaient l'intention. Celui qu'ils avaient volé à la danseuse Coralie commençant à s'épuiser, il était donc temps de penser à la dame au voile vert.

De nouvelles démarches furent faites, mais les obstacles devant lesquels avaient échoué les ruses précédemment mises en œuvre existaient toujours; comment les surmonter?