CHAPITRE XLII.
Le boucher bon enfant.—Trop parler nuit.—L'innocence du petit vin.—Un assassinat.—Les magistrats de Corbeil.—La levée du corps.—L'adresse accusatrice.—Si ce n'est pas toi, c'est ton frère.—La blessure perfide.—C'est lui.—Le front de Caïn.—Le réveil matinal.—Arrestation de deux époux.—Un coupable.—J'en cherche un autre.—L'accusé de libéralisme.—Les goguettes, ou les bardes du quai du Nord.—Une couleur.—Les chansons séditieuses.—J'aide à la cuisine.—Le vin de propriétaire.—L'homme irréprochable.—Translation à la préfecture.—Une confession.—Résurrection d'un marchand de volaille.—Une scène de somnambulisme.—La confrontation.—Habemus confitentes reos.—Deux amis s'embrassent.—Un souper sous les verroux.—Départ de Paris.
Depuis environ quatre mois, un grand nombre d'assassinats et de vols à main armée avaient été commis sur les routes à proximité de la capitale, sans qu'il eût été possible de découvrir les auteurs de ces crimes: en vain la police s'était-elle attachée à faire surveiller quelques individus mal famés, toutes ses démarches avaient été infructueuses, lorsqu'un nouvel attentat, accompagné d'horribles circonstances, vint fournir des indices d'après lesquels il fut enfin permis d'espérer que l'on atteindrait les coupables. Un nommé Fontaine, boucher, établi à la Courtille, se rendait à une foire dans l'arrondissement de Corbeil; muni de sa sacoche, dans laquelle il y avait une somme de quinze cents francs, il avait dépassé la Cour-de-France et s'avançait à pied dans la direction d'Essonne, quand, à très peu de distance d'une auberge où il s'était arrêté pour prendre quelques rafraîchissements, il fit la rencontre de deux hommes assez proprement vêtus. Le soleil étant sur son déclin, Fontaine n'était pas fâché de voyager en compagnie; il accoste les deux inconnus, et aussitôt il entre en conversation avec eux. «Bonsoir, messieurs, leur-dit-il.
—»Bonsoir l'ami, lui répond-t-on.»
Le colloque engagé, «Savez-vous, reprend le boucher, qu'il commence à faire nuit?
—»Que voulez-vous? c'est la saison.
—»A la bonne heure, mais c'est qu'il me reste encore à faire un bon bout de chemin.
—»Et où allez-vous donc, sans être trop curieux?
—»Où je vais? à Milly, acheter des moutons.
—»En ce cas, si vous le permettez, nous ferons route ensemble; puisque c'est à Corbeil que nous allons, ça ne peut pas mieux tomber.