Arrivés aux Maurezies, je contai à Jean l'histoire du testament, et alors il dit:
—Bonal était tellement honnête qu'il croyait que c'était assez de faire connaître sa volonté. Il était bien savant en beaucoup de choses, mais il ne savait pas cette loi, le pauvre! Que veux-tu, il a eu la volonté de te bien faire, tu lui dois la même obligation.
—Ainsi fais-je, Jean; je vous certifie que je me souviendrai toujours de lui avec la même reconnaissance que si sa volonté était faite.
—Maintenant, reprit Jean, je ne sais pas ce que tu prétends faire; mais, toujours, tu peux rester ici; tu auras du pain et tu ne coucheras pas dehors.
—Merci, mon Jean, je veux bien, pour le moment; mais, par avant, il me faut accompagner la Fantille jusqu'à Fanlac.
Et, posant mon petit paquet, je pris celui de la vieille femme qui était assise sur le banc, les mains croisées sur les genoux, la tête penchée.
Alors, elle se leva et nous nous en allâmes vers Fanlac, moi ayant en bandoulière le vieux fusil de Bonal qu'il m'avait donné.
En cheminant, je pensais, à part moi, que le chevalier et la demoiselle voudraient peut-être me garder, par pure bonté, car leur bien n'était pas tel qu'ils eussent besoin d'un autre domestique dans la réserve que Cariol. Mais j'avais la fierté de ne pas vouloir être à leur charge, sachant que leur cœur était plus grand que leur bourse et me sentant, d'ailleurs, bien capable de gagner ma vie. Et puis je ne pouvais me faire à l'idée de m'éloigner de Lina, voulant être à portée de la secourir, si sa mère la rendait trop malheureuse. Aussi, lorsque après avoir marché bien longtemps nous fûmes à La Blaugie, je dis à la Fantille:
—Vous voici bientôt rendue; je vais m'en retourner pour ne pas me mettre à la nuit.
—Et donc, tu ne viens pas jusqu'à Fanlac conter ce qui s'est passé à M. le Chevalier?