—Tu pourrais aller voir à l'Auzelie, et puis ensuite à la Taleyrandie.

Je me fis enseigner le chemin de l'Auzelie, mais arrivé que j'y fus, on me dit que tous les petits dindons avaient crevé en mettant le rouge, pour s'être trouvés sous un orage.

De là je fus à la Taleyrandie, et je me présentai à la cuisinière, une bonne grosse femme:

—Mon pauvre drole, fit-elle, tu viens trop tard; on en a loué un.

Je la remerciai et je repartais, lorsqu'elle me dit d'attendre, et, un instant après, elle me porta un gros morceau de pain sur lequel elle avait écrasé des haricots.

Je n'étais pas encore bien maté par la Marane, ou malchance, c'est pourquoi je devins rouge, et lui dis que je ne demandais pas la charité.

—Aussi je ne te le donne pas par charité, fit-elle, mais c'est que j'ai un drole de ton âge… Allons, tu peux le prendre, va!—ajouta-t-elle en me voyant hésiter.

Je pris le morceau de pain et, ayant bien remercié la cuisinière, je m'en fus devant moi sans savoir où j'allais.

Vers le soir, je commençai à penser où je me retirerais pour la nuit. En face de moi, sur le coteau voisin, un village était campé, dont les vitres brillaient au soleil couchant avec des reflets d'incendie. Mais d'aller y demander l'abri, c'était comme pour le manger, ça me faisait crème. J'avais pourtant couché la veille dans une grange, comme un mendiant, mais je m'étais laissé conduire par la vieille, ne sachant où j'en étais. Il faisait beau temps, et chaud, de manière que je ne me tracassai pas trop de ça, et je continuai mon chemin. La nuit m'attrapa du côté de la Pinsonnie, lorsque, avisant dans une vigne perdue une de ces cabanes rondes au toit de pierre pointu, j'y allai droit. Il y avait, dans la logette, de la brande et des fougères sèches qui marquaient qu'on y venait au guet: je m'arrangeai sur cette litière et je m'endormis.

Au matin, dès l'aube, je repartis, et, pendant de longues heures, je marchai au hasard, m'offrant dans les grosses maisons mais inutilement. Ce jour-là, je ne mangeai pas, ayant toujours honte de mendier, et, quand vint la nuit, je me couchai au pied d'un châtaignier, dans un tas de bruyère coupée. Je ne sommeillai pas tout d'abord, car je commençais à m'inquiéter de ne pas trouver à me louer, et je me demandais ce que j'allais devenir si cela continuait ainsi. Enfin, malgré cette inquiétude et les tiraillements de mon estomac, je finis par fermer les yeux.