Aile de perdrix, cuisse de bécasse, toute la grive.
Mais c'était pour rire qu'il le piquait ainsi, sachant fort bien que plus d'une fois il avait envoyé les meilleurs morceaux à des voisins malades. Quoique enfant encore ignorant, comme celui qui ne fait que commencer à apprendre, je m'étais vite aperçu que rien n'était plus agréable au curé que de faire le bien, et de voir en profiter ceux à qui il le faisait. C'est ce qui me donnait tant de cœur à étudier, en voyant de quelle affection il me montrait.
—Aussitôt que tu sauras bien lire, m'avait-il dit, tu apprendras les répons de la messe, et tu me la serviras, car ce pauvre Francès se fait vieux.
Quand la bonne volonté y est, on apprend vite. Aussi le curé me dit un jour:
—A Pâques, tu seras en état de servir la messe.
Je le remerciai simplement, car il n'était pas façonnier et n'aimait pas les compliments, quoique bon comme il n'est pas possible de le dire.
Lorsque vint le jour de Pâques, je savais mes répons sur le bout du doigt. Une chose cependant m'ennuyait, c'était de ne pas comprendre les paroles latines; je l'avouai au curé qui ne le trouva pas mauvais, car lui-même prêchait toujours en patois pour être compris. Il m'expliqua donc ce que voulait dire ce latin, et je fus content, parce que je trouvais sot de dire des mots sans savoir ce que je disais. J'étais crâne, ce jour-là, bien habillé d'étoffe burelle, et aux pieds une paire de souliers que la demoiselle Hermine avait commandés à Montignac. Moi qui n'en avais jamais eu, je m'en carrais, et je trouvais ces souliers tellement beaux qu'en marchant je ne pouvais m'empêcher de baisser la tête pour les regarder. Le chevalier m'avait acheté une casquette pour mes étrennes, de manière que j'étais tout flambant, ce jour-là, car la casquette était encore neuve, ayant l'habitude d'aller tête nue au soleil, à la pluie et au froid.
A partir de ce moment, je servis de marguillier au curé, et le vieux Francès n'eut plus besoin que de sonner l'Angélus et se promener avec sa bourrique pour ramasser le blé et l'huile qu'on lui donnait pour ses peines, comme c'était la coutume. J'étais content plus qu'on ne peut le dire d'être utile au curé. Lorsqu'il fallait porter le bon Dieu à quelque malade, je m'en allais devant avec un falot, sonnant la clochette, et derrière le curé suivaient la demoiselle Hermine et quelque deux ou trois vieilles femmes du bourg, disant leur chapelet. Tandis que nous passions dans les chemins pierreux, les gens qui étaient à travailler par les terres faisaient planter leurs bœufs s'ils labouraient, ôtaient leur bonnet, se mettaient à genoux et disaient un Notre-Père pour le malade. Et des fois, au loin, au milieu des brandes, une bergère, oyant le son clair de la clochette, faisait taire son chien qui jappait, et, se mettant à genoux, priait aussi.
Pour ce qui est des enterrements, le curé allait toujours faire la levée du corps à la maison du défunt, aussi loin qu'il fallût aller, quelque misérables que fussent les gens. Et, soit que ce fût un enterrement, un mariage ou un baptême, quand on lui demandait ce qui lui était dû, il répondait:
—Rien, rien, braves gens, allez-vous-en tranquilles.