Quelques nobles, ou soi-disants,
S'ils entendent bien les mystères,
Trouveront qu'ils sont des paysans,
Parmi les écrits des notaires.
Le curé, qui trouvait que le chevalier tirait les choses d'un peu loin, dit à ce moment:
—Pardon… mais je ne vois pas bien le rapport…
—Vous allez le voir, mon ami. Le cas des Nansac n'est pas tel: ils sont nobles, mais à la façon de ceux de Pontchartrain, qui vendait les lettres de noblesse deux mille écus. Le père du vieux marquis d'aujourd'hui était tout bonnement un porteur d'eau, natif de Saint-Flour, qui avait commencé sa fortune dans la rue Quincampoix, et l'avait grossie en tripotant dans les fournitures militaires et dans un tas d'affaires véreuses. Ce maltôtier, nommé Crozat, se faisait appeler: «de Nansac», à cause d'une métairie qu'il possédait dans son pays. Il acheta la terre de l'Herm, et fut anobli, grâce à ses écus. Son fils, le marquis actuel, avait épousé une femme sans principes, qui se rendit célèbre par ses frasques, en un temps où il était difficile de se distinguer en ce genre. L'étendue de ses relations amoureuses l'avait fait surnommer: La Cour et la Ville. Parmi ses nombreux amants, elle en eut d'utiles. Le vieux débauché La Vrillière, ministre tout-puissant de Louis XV, se pliait à tous ses caprices. Ce fut lui qui fit conférer au fils du porteur d'eau le titre de marquis dont il est affublé… Vous comprenez maintenant, curé, que les filles du comte ont de qui tenir, ayant eu une telle grand'mère.
—Voilà de vilaines histoires, dit le curé; je ne connaissais pas cette origine. Mais avouez, chevalier, que si le trône et la noblesse ont été fortement secoués pendant la Révolution, c'était un peu bien mérité.
—Je l'avoue, et j'y joins une notable partie du clergé, que vous oubliez: moines vicieux, abbés de ruelles, curés concubinaires et tous ces prêtres incrédules qui n'osaient plus annoncer en chaire Jésus-Christ crucifié et ne parlaient que du «législateur des chrétiens».
—Oh! fit le curé, je vous les passe volontiers… De tout ceci, ajouta-t-il, on pourrait conclure que la Révolution n'a pas été inutile, car assurément le clergé de notre temps vaut mieux que l'ancien.