Migot le maire, sa femme et son fils le plus jeune;
Le fils Roumy, du bourg, et sa sœur Félicité, qui était contre-nôvie avec mon cousin Ricou;
Lajaunias, l'aubergiste du Cheval-Blanc de Savignac, avec sa fille Toinette;
Jeantain de chez Puyadou, venu tout seul; les vieux étaient restés à la maison;
Lavareille, d'Excideuil, un ami de mon oncle, et une de ses filles appelée Aimée;
Enfin l'ami Lajarthe.
Avec ça, le vieux Jardon, les deux chabretaïres, Gustou, mon oncle, ma femme et moi, ça ne faisait pas loin d'une quarantaine à table.
On partit le matin de la maison, en rang, les musiciens en tête, pour aller quérir la nôvie à la Borderie. Ma tante et la Félicité, qui l'avaient habillée, nous oyant venir, la menèrent.
Il y a de ça plus de quarante ans, et je la vois encore. Qu'elle était belle, ma Nancy, et qu'elle avait l'air comme il faut! Dans nos campagnes, ça n'était point la coutume en ce temps, ni guère encore, d'habiller les filles de blanc le jour de leur noce. Nancy avait une robe de fin mérinos bleu qui lui découvrait un peu le cou, et la naissance de la poitrine où brillait le cœur que je lui avais donné, suspendu par une chaîne d'or. Elle avait une coiffe avec des dentelles, à l'ancienne mode périgordine, qui laissait voir deux épais bandeaux de cheveux noirs. Avec ça, de grands pendants d'oreilles, son beau châle et des petits souliers avec des rubans et c'est tout. C'était une mise campagnarde, j'en conviens, mais je l'aimais mieux que celles des villes. Je n'oublierai jamais, quand je vivrais cent ans, le sourire avec lequel Nancy me reçut lorsque je m'approchai pour l'embrasser: Ma chère femme!
Ce n'est pas la coutume, chez nous, que le père conduise sa fille le jour du mariage. C'est le contre-nôvi qui la mène à l'église et le marié mène la contre-nôvie. Mais pour nous faire honneur, M. Masfrangeas, qui représentait les Messieurs de l'hospice tuteurs de Nancy, la conduisit à la mairie et à l'église. Quand je dis à la mairie, il faut dire chez Migot, parce que de bâtiment communal il n'y en avait pas en ce temps-là. Dans une chambre, chez le maire, il y avait sur une grande table les gros livres du cadastre, les registres de mariage et autres, et un tas de papiers pleins de poussière. Dans un coin, se trouvait un cabinet où l'on sentait qu'il y avait des pommes, et avec un banc et trois ou quatre chaises, c'était tout.