Raymond s’approcha de celle-ci, la salua, et se mit à lui parler en catalan :
— Buenes… Pourquoi ne pouvons-nous pas la faire venir avec nous ?
— Qui ?… Elle, señor ?… dit la mère. (Elle parlait de Rosario.) Mais c’est une enfant : elle a quatorze ans.
— Quatorze ans… elle en a seize ! s’écria Raymond. Seize… Et les Espagnoles de seize ans sont comme les filles de chez nous à vingt.
— Ça, c’est vrai, fit la grosse femme. Mais la nine est toute jeune… Ah ! si vous pouviez nous trouver un engagement !… Puis elle se mit à parler castillan.
— Parla catala ! Parla catala ! dit Raymond. Combien avez-vous ici ?
— La petite a un douro par jour. Et quand nous avons tous mangé, il ne reste plus rien.
— Ne pourrait-on pas s’arranger ? demanda Raymond.
— La petite est bonne, prononça la vieille sentencieusement. Elle réfléchit. Puis elle reprit : « Non, c’est trop tôt… Je suis sa mère. Ce serait mal… Cela me serait égal à moi, mais cela l’abîmerait, señor. »
Nous étions arrivés à leur calle. Dolorida et Rosario étaient un peu devant, la mère les appela. Elles arrivèrent, obéissantes : « Au revoir aux messieurs… » Alors, dociles, elles nous donnèrent une poignée de main puérile : « Buenes señores », et s’en allèrent.