—Vous oubliez, monsieur, que le temps était trop forcé pour nous permettre de faire plus de voile....
—Non... on pouvait faire plus de voile; d'ailleurs, c'est mon opinion, et les opinions sont libres... nous ne sommes pas des esclaves; des anciens comme nous peuvent dire ce qu'ils pensent... et leur opinion....
—C'est un droit que je ne vous conteste pas, monsieur, je reçois avec reconnaissance les conseils de gens expérimentés, mais j'ai agi comme je croyais devoir agir, et je viens de donner l'ordre au lieutenant en pied de gréer les bonnettes.
—C'est trop tard, je puis bien trouver que c'est trop tard, c'est mon opinion.
—Monsieur Jacquey—reprit le commandant avec un mouvement d'impatience—depuis quelque temps vous prenez avec moi de singulières licences, je suis seul chef ici, j'agis comme bon me semble, monsieur, et je vous engage à y songer.
—Commandant—dit Pleyston tout bas—vous savez qu'il est bourru et bête comme un âne.
—Mon cher lieutenant, veuillez, je vous prie, faire exécuter mes ordres—dit le commandant.
Pleyston sortit.
—Monsieur Jacquey, vous avez de l'humeur; il est pénible, je le conçois, à votre âge, de n'occuper qu'un grade inférieur... mais vos camarades... Pleyston lui-même... un officier rempli de mérite.
—C'est un brosseur, vous dites cela parce qu'il vous flatte....