Ah! j'en perdrai la vie
Par la douleur que j'ai....
E. Scribe.
LE DÉPART.
C'était deux mois après la mort de Jenny, le soleil se couchait, et ses rayons obliques, traversant les jalousies de la chambre de madame Wil, inondaient cette pièce d'une lumière vive et dorée.
Au fond, une femme était couchée dans un lit soigneusement entouré d'une moustiquaire, et un vieillard, vêtu de deuil, soutenait la tête de la malade en lui faisant respirer un cordial.
Un nègre, armé d'un long éventail de plumes, chassait les insectes qui auraient pu importuner madame Wil.
Car c'était elle qu'une bien affreuse maladie, causée par ses chagrins, avait réduite à cet état effrayant de maigreur et de marasme.
Elle ouvrit les yeux... et son premier regard fut pour son mari, l'honnête Wil, qui attachait sur elle un œil attentif et inquiet.
—Je me sens mieux, quoique bien faible, mon ami—dit-elle d'une voix basse et creuse... à son mari—du courage.
Mais le colon, au lieu de lui répondre, baissa tristement la tête en signe d'approbation et serra la main tremblante de sa femme.