C'est que le malheureux avait éprouvé une commotion si violente à la vue de sa fille morte, qu'il n'avait pu jeter un cri; lors de cet affreux événement, sa langue avait été frappée de paralysie, depuis il était resté muet.

Madame Wil comprit son regard, car elle reprit:—Du courage, pourquoi?... la mort, mon Dieu, ne m'effraie plus... je la désire, au contraire... car au moins je pourrai revoir bientôt... Jenny....—Et en prononçant ce nom, la pauvre mère poussa un cri perçant, un cri aigu, qui sembla user le reste de ses forces.

M. Wil, aidé d'Atar-Gull qui pleurait, eut encore recours à son flacon.

Elle revint à elle...

—Pardon, mon bon Wil, je t'avais promis de ne plus prononcer le nom de notre fille, je sais quel mal cela te fait, ainsi qu'à ce digne serviteur... je veux dire ce digne ami, Wil, car un ami seul peut rendre de tels services: vingt et un jours sans dormir, et veiller, sans compter les périls qu'il a courus en allant à la recherche de Théodrick.... Et ta blessure va-t-elle mieux, Atar-Gull?—demanda madame Wil, d'une voix faible...

—Bien, très-bien, ma bonne maîtresse... mais ne parlez pas... ça vous fatigue...

—Et dire—murmura-t-elle—que Théodrick a disparu sans qu'on puisse savoir comment, depuis le jour fatal où il s'est précipité hors de la chambre à la poursuite de cet affreux serpent!

Le colon, agenouillé près du lit de sa femme, priait, la tête cachée dans ses mains.

Il fut tiré de cet état douloureux par un cri du noir.

—Maître... maître... la maîtresse se meurt.