La pauvre mère, en effet, s'affaiblissait à vue d'œil, tous les ressorts de cette âme si tendre et si aimante avaient été brisés par la mort de sa fille.
Elle touchait à son dernier moment.
Elle fit signe qu'elle désirait parler.
Le colon et le nègre écoutèrent silencieux, à genoux.
—Mon ami—dit-elle d'une voix éteinte et mourante—quittez l'île... les pertes énormes que la mort de presque tous vos bestiaux, d'une partie de vos esclaves, vous ont causées, rendent ce départ nécessaire... ne songez pas à y rétablir votre fortune... trop d'amers souvenirs vous tueraient ici... réalisez le peu qui vous reste de notre bien... et partez... emmenez Atar-Gull... c'est un ami dévoué... allez en Europe... Wil... c'est la prière d'une mourante... ne me refusez pas... jurez, promettez-le-moi... au nom, de ma Jenny...
Elle avait au plus encore une minute à vivre.
Le colon tenait ses lèvres collées sur la main de sa femme déjà glacée, et sanglotait.
À un mouvement que fit madame Wil, Atar-Gull s'approcha d'elle pour relever le chevet de sa maîtresse.
Et il se remit à genoux pour soutenir le corps défaillant de madame Wil, en disant tout haut:—Pauvre bonne maîtresse... pauvre maîtresse....
Mais une horrible expression de joie, qu'il n'avait pu cacher en regardant sa maîtresse mourante, terrifia madame Wil, et l'admirable instinct de son cœur lui révéla tout-à-coup l'atroce hypocrisie que cette joie venait de trahir.