—Ah!—dit-elle... avec une petite moue enchanteresse...—ah! vous me trompiez... Arthur, je vais vous étrangler....
Et approchant la tête d'Arthur de son sein qui bondissait, elle entoura le cou du jeune homme de longues tresses de ses cheveux, et les serra en souriant....
—Oh!—dit-il en baisant son sein d'ivoire...—méchante, tu veux me tuer... car tu serres bien fort... c'est comme dans mon rêve de cette nuit... Mais que fais-tu? oh... à toi... ma vie... je meurs... mon ange....
C'est qu'à ce moment de son rêve on pendait Brulart à bord du Cambrian, et que le poids de son corps, pesant sur la corde qu'on avait passée au bout dehors de la frégate, avait opéré la strangulation.
Abîmé dans l'état de torpeur, de somnolence que lui avait procuré sa dose d'opium, et qui, sans être le réveil ni le sommeil, l'avait plongé dans une espèce de somnambulisme, il avait suivi machinalement ses guide à moitié endormi, appuyé sur eux, les yeux ouverts sans voir, s'était laissé attacher, hisser et pendre, sans y faire la plus légère attention, plongé qu'il était dans les délices de ses songes merveilleux.
Alors qu'on pendait le corps, l'esprit était ailleurs. Somme toute, il mourut dans une ravissante extase de plaisir.
Et le docteur remarqua comme un phénomène physiologique que la physionomie du patient, jusque-là froide et immobile, prit, au moment de la strangulation, une inconcevable expression de bonheur.
Cette particularité repose sur la nature du songe de Brulart, et sur des effets propres à la pendaison. (Voir le Dictionnaire des Sciences médicales.)
Justice rendue, le corps du pirate fut jeté à la mer avec deux boulets aux pieds.
Le reste de la traversée n'offrit rien de remarquable, et le Cambrian toucha les côtes d'Angleterre au bout de quarante jours de mer.