LA RUE TIRECHAPE.
Figurez-vous une de ces noires et antiques maisons du vieux Paris, située vers le milieu de la rue Tirechape...—Neuf étages, je crois, couleur brune et sale, solives saillantes, fenêtres étroites et sombres, escalier raide, obscur, véritable labyrinthe dans lequel on ne peut se guider qu'au moyen d'une corde à puits grasse et luisante de vétusté... puis une république d'industrieux prolétaires, allant, venant, courant, montant, nichant et pullulant dans ces cellules étagées et entassées au-dessus les unes des autres, comme les cases d'une ruche à miel.
Et pour pivot, pour centre de toutes ces existences de travail et de fatigue, une portière vieille, édentée, hargneuse, bavarde, un de ces types si admirablement mis en relief par notre Henri Monnier.
Il était nuit; un homme, assez âgé, vêtu de noir, descendait péniblement les hautes marches de l'escalier, étreignant avec force la bienheureuse corde à puits.
La portière, entendant un bruit inusité à cette heure, où tout dormait dans la maison, ouvrit brusquement le carreau de son antre, et y passa d'abord son vilain bras jaune, armé d'une chandelle fétide; puis sa figure fâcheuse et renfrognée....
—Qui descend là?... répondez donc... c'est des heures indues....
—C'est moi, c'est moi... le docteur...—dit une voix de basse-taille.
Ici, le cerbère quitta son ton aigre et criard pour une espèce de glapissement amical....
—Ah! mon Dieu, c'est vous, monsieur le docteur! mais il fallait m'appeler pour éclairer.... Eh bien! comment va-t-il le vieux muet? Il est dur à partir celui-là... en a-t-il encore pour long-temps?—demanda-t-elle en se mettant devant le docteur, afin d'obtenir une réponse, ou de se faire, comme on dit, passer sur le corps.